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La tsarine et vous |
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| Cher monsieur, Premièrement, je dois vous avouer que je suis plutôt sceptique face à vos prétendus dons de guérisseurs. Peut-être suis-je trop terre à terre pour comprendre le grand personnage que vous êtes, mais je vous perçois surtout comme un charlatan (pardonnez-moi l'expression). Il faut dire que les livres d'histoire que j'ai lus à votre sujet n'étaient pas très doux envers vous. On vous y décrit comme un faux dévot qui préfère de loin festoyer et courtiser les prostituées plutôt que de prier dans la chasteté et dans l'abstinence (N'est-ce pas là le devoir de tout bon moine?). On dit aussi que vous avez eu une grande influence sur la Tsarine au moment où le Tsar se trouvait hors du pays, à la tête de ses armées. On dit même que vous manipuliez à votre guise la pauvre Alexandra et que par votre attitude de débauché, vous attisiez la colère du peuple russe. Sachez que je ne fais que citer les historiens de mon époque et que je ne porte aucun jugement à votre égard. Au contraire, j'aimerais que vous me donniez votre propre version des faits sur les jugements peut-être hâtifs que j'ai pu formuler à votre égard. Bien à vous, Sébastien Cher Sébastien, En parlant de l'abstinence et de la chasteté, vous me dites: «N'est-ce pas là le devoir de tout bon moine?» ... permettez-moi de rectifier le tir puisque je tiens à spécifier que, contrairement à ce que vous insinuez, je ne suis pas un moine, je ne l'ai jamais été et je n'ai même jamais prétendu en être un. De fait, je suis marié depuis maintenant 27 ans, à une femme que j'aime sincèrement et j'ai le bonheur d'avoir eu avec elle, trois beaux enfants que j'aime profondément. Je ne nie pas le fait qu'il m'arrive à l'occasion d'aller courtiser d'autres femmes et des prostituées, mais mon épouse connaît bien ma nature et mes faiblesses et elle ne m'en tient pas vraiment rigueur car elle sait très bien que je l'aime d'un amour réel et sincère puisque, malgré mes écarts, je reviens toujours vers elle. À l'occasion, elle me fait bien quelques scènes de jalousie ou elle se refuse à moi et me prive de rapports intimes sur une courte période, mais cela ne dure jamais bien longtemps car elle sait que je ne tarderais pas à retourner voir ailleurs si cela durait trop! Quoiqu'il en soit, vous en conviendrez, mes écarts de conduite et mes faiblesses à ce sujet, ne peuvent concerner que ma femme et moi-même, ainsi, je ne désire pas davantage me justifier... ne s'agit-il pas en fait, de ma vie privée après tout! Comme je l'explique à mon grand ami, le frère Macaire du Monastère de Verkhotourié, que je considère comme mon père spirituel, j'ai beau lutter contre mes désirs, je n'y peux rien, je suis porté sur les plaisirs de la chair... c'est dans ma nature, mais j'essaie constamment de résister et de m'affiner, afin de devenir un Saint homme, tout comme lui! Je crois que la fausse croyance qui prétend que je serais un moine, relève probablement des faits suivants: contrairement à la tradition qui veut que les sages laïcs (starets) de mon époque s'habillent habituellement en blanc, moi je préfère me vêtir tout de noir, un peu à la façon des moines. Tout comme ces derniers, je porte également une croix pectorale en or, qui m'a été offerte par l'impératrice elle-même, et dont je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Cette croix, elle me l'a offerte en guise de remerciement pour avoir traité les problèmes de santé du jeune tsarévitch. J'ajouterai également qu'il m'arrive souvent de faire des pèlerinages afin d'aller me ressourcer dans les monastères orthodoxes et ainsi, de côtoyer les moines et membres de l'épiscopat dont plusieurs comptent parmi mes meilleurs amis. Ce doit être à cause de cela que certains font l'erreur de croire que je suis un moine, j'imagine! En ce qui concerne notre impératrice, la Tsarine Aleksandra, vous pouvez, si vous le désirez, vous adresser directement à elle sur ce site, et vous verrez qu'elle vous répondra de la même manière que moi. La Tsarine n'est pas femme à se laisser manipuler aisément... c'est une femme de tête, une femme intelligente, d'une grande volonté, mais aussi d'une grande sensibilité. Elle est toute dévouée à son époux et à ses enfants, ainsi qu'à son pays et au peuple russe. Elle tient mon opinion en haute estime puisque je suis son ami et son confident. Le problème tient au fait qu'elle est originaire de l'Allemagne avec laquelle nous sommes présentement en guerre, ce qui ne la rend pas très populaire aux yeux de certains, malheureusement. Ces personnes mal intentionnées, font courir le bruit qu'elle serait une espionne à la solde des Allemands, afin de la noircir, ce qui est bien sûr, complètement faux. On dit même que je serais moi aussi un espion et son complice. Ils osent même dire que nous sommes amants, tout cela après que mon ami, le prêtre Iliodore, a rendu publique une lettre qu'il m'avait dérobée chez moi, à Pokrovskoié, et dans laquelle la Tsarine disait s'ennuyer de ma présence au palais et avoir hâte de pouvoir poser sa tête sur mon épaule, etc... Je vous le jure sur mon honneur, je n'ai jamais commis un acte déplacé envers la Tsarine ou ses filles... elle aime trop son époux le Tsar, pour vouloir le tromper et malgré le fait que notre impératrice est une très belle femme, je la respecte trop pour avoir ce genre de pensée. Son amour pour lui est aussi pur que passionné, alors comment cela aurait-il pu être possible, je vous le demande! Il est vrai qu'étant l'ami et le confident des Tsars, j'ai une certaine influence sur ceux-ci et, comme à leurs yeux, je représente en quelques sortes l'homme du peuple russe, ils aiment bien que je leur donne mon opinion sur certains points afin de se rapprocher du peuple, mais ils ne sont nullement sous mon contrôle. En fait, comme la Douma (le parlement russe) était composée de quelques membres dissidents qui cherchaient à noircir la Tsarine, et à renverser le Tsar pour prendre possession du pouvoir, la Tsarine a donc entrepris de remanier la Douma et de faire le ménage au sein des ministres afin de s'assurer que ceux-ci soient entièrement dévoués à leur Tsar et à leur pays. Je n'ai fait que la conseiller sur les personnes dévouées au Tsar et qui étaient selon moi, aptes à satisfaire les exigences du Tsar et de la Tsarine, dans l'intérêt de notre pays, ce qui fut fait. Je suis entièrement d'accord avec vous lorsque vous appelez la Tsarine, la pauvre Aleksandra, car certains ne cherchent qu'à la dénigrer à cause de ses origines allemandes. Ces révolutionnaires sans scrupule n'hésitent pas à la mêler bien malgré elle, à mes excès et à ce que vous appelez «mon attitude de débauché», bien qu'elle n'y soit pour rien, et je suis sincèrement peiné de tout cela. Par ailleurs, ce n'est pas la colère du peuple russe que j'attise par ma façon de vivre, mais bien colère et la jalousie des aristocrates russes qui voient d'un très mauvais oeil un homme du peuple, un moujik à demi illettré, fréquenter d'aussi près la famille du Tsar. À cause de cela et pour faire taire les mauvaises langues, je me vois obligé de ne plus me présenter au palais qu'en cas d'urgence et sur demande. Je ne peux maintenant voir les Tsars qu'en cachette dans le salon de notre chère amie commune, Anna Vyroubova. J'espère que tout cela vous permettra d'y voir d'un peu plus clair... Votre tout dévoué, Grigori Raspoutine |
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