Christelle Dupont
écrit à

   


Raspoutine

     
   

La Russie panse ses blessures

    Très saint père,

La Russie d'aujourd'hui panse ses blessures;  beaucoup d'historiens de mon époque travaillent à votre réhabilitation. Mais l'histoire a été immonde avec vous, père Grigori. Comment pouvoir blâmer la Tsarine de vous avoir appelé au chevet d'Alexeï? À mon époque, l'hémophilie est toujours une maladie redoutée. Maman de trois jeunes enfants, je comprends la tsarine Alexandra: je n'aurais nullement hésité si mon fils avait souffert de ce mal, et à votre époque les remèdes étaient dix fois pires que vos bons soins qui lui permirent de vivre un semblant de vie.

Ô très cher père Grigori, faites attention à vous! Prenez surtout garde au prince Youssoupov, le cousin du Tsar: c'est lui qui sera votre assassin, c'est ce fourbe qui vous attirera chez lui sous de faux prétextes. Surtout n'avalez rien, père Grigori: il cherchera à vous empoisonner et, voyant que votre corps et votre raison sont plus forts que ses machinations, il vous abattra comme une bête et jettera votre corps dans la Neva avec l'aide de ses complices. Très cher père Grigori, les scientifiques de mon époque ont déclaré qu'ils ne comprenaient toujours pas comment vous aviez résisté au cyanure, et surtout à la salve de balles; ils concluent que vous êtes mort par noyade.

Ô très saint homme, l'Histoire vous décrit comme le moine fou mais comment peut-on oublier à ce point que vous avez soulagé les souffrances du Tsarévitch? Père Grigori, pardonnez à tous ces mécréants, ils ne connaissent pas la puissance de la foi en Notre Seigneur! Comme je vous l'ai déjà dit, je crois en votre innocence et en vos dons.

Oui, aujourd'hui la Russie panse ses plaies et recherche son passé, elle veut être fière de ses racines. Beaucoup de vos compatriotes pensent que le massacre qui a été commis en juillet 1918 dans la maison Ipatiev à Ekaterinbourg n'a pas concerné les grandes duchesses et la Tsarine. À ce jour, des expertises prouvent que toute la famille a été massacrée dans la villa, mais certains pensent que les grandes duchesses et la Tsarine ont été exfiltrées de la villa Ipatiev. Ô très saint père, si vous pouviez être là pour faire part de vos visions aux autorités russes! Le mystère reste entier, et peut être auriez-vous pu lever un coin du voile.

Respectueusement vôtre,

Christelle

Ma très chère Christelle,
 
Comme ta sincérité me touche, ma douchka! Tu es vraiment une adorable petite mère, tu sais! Reste toujours comme ça, ma belle! Comme je le dis souvent, la foi fleurit sans printemps sur les justes. J'aurais tellement aimé pouvoir te voir, te parler doucement, tenir ta main et pouvoir plonger mon regard tout au fond de ton âme, ma très chère Christelle, pour te dire ce que j'ai à te dire.
 
Je t'en supplie, ma colombe, il faut que tu cesses de te faire du mauvais sang pour moi! Dieu, notre petit père dans les cieux, veille sur moi et j'ai confiance en lui quoiqu'il advienne. Que sa volonté soit faite et non la mienne. C'est bien plus pour les tsars et le peuple russe que je m'inquiète, ma belle.
 
Pour ce qui est de ma réputation, je dois m'en remettre à l'honnêteté et à la conscience des gens. Tu sais, la mer est immense, mais la conscience est encore plus grande. La conscience humaine est sans limite et tous les philosophes réunis ne peuvent la comprendre. Je sais que je pourrai toujours compter sur de bonnes âmes comme la tienne, ma douchka, pour redresser la vérité car la vérité saura toujours triompher du mensonge et des médisances.
 
Actuellement, mon plus grand souhait est que mon pays, ma très chère Russie, puisse un jour retrouver paix et la sérénité!
 
Va en paix, ma douce Christelle, et que tes trois enfants soient bénis!
 
Je t'embrasse,

Grigori Raspoutine

1916