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écrit à

   


Raspoutine

     
   

Héhé

    Décidément, mon vieux capitaine Raspoutine, tu t'accomodes aux nouvelles technologies, mais moi aussi depuis que nous nous sommes séparés chacun de notre côté en Sibérie avec l'or des tsars.

J'ai cherché aussi à Panama où il restait de l'or espagnol que nous avions cherché ensemble. Je ne pensais pas te croire si rancunier. M'aurais-tu oublié, moi qui t'ai sauvé la vie. Dans ta lugubre biographie tu oublies tout de même de mentionner un vieil ami imaginaire que tu as beaucoup cotoyé, je ne pense pas que tu te souviennes encore de moi, mais j'hésite à te dévoiler mon identité littéraire.

Ton bien cher protecteur et moqueur.

Corto Maltese



C'est quoi ces histoires? Je ne comprends pas. Qui es-tu au juste? Je ne connais personne du nom de Corto Maltese!

C'est vrai, j'ai appris à m'accommoder des nouvelles technologies pour les besoins de la cause, mais c'est pas très difficile... ça se résume ainsi:

Je reçois chez moi des lettres écrites des lecteurs de Dialogus. Comme je suis pratiquement illettré, ma secrétaire particulière (Akilina Laptinskaïa) me les lit, je réponds pendant que ma secrétaire transcrit le tout sur papier, puis elle expédie mes missives dans des enveloppes préadressées à l'intention de Dialogus, où l'on m'a dit qu'on traduisait et publiait mes lettres en français, pour le bénéfice de tous, dans ce qui semble être comme une sorte de journal qui apparaît dans une espèce de boîte à image... mais je dois avouer que je n'ai pas très bien saisi le principe abstrait de tout ça. Enfin, l'important pour moi, c'est que ça fonctionne et que j'arrive à communiquer!

Par contre, tu sembles mieux renseigné en ce qui concerne la Sibérie. Lorsque je ne suis pas à Saint-Pétersbourg, j'habite bien en Sibérie avec ma femme et mes trois enfants, plus précisément dans le petit village de Pokrovskoïé où je possède une ferme et une jolie maison de deux étages dont je suis très fier, mais je ne comprends pas ce que tu veux dire concernant l'or des tsars.

Les tsars ne m'ont pas donné d'or. D'ailleurs, entre toi et moi, notre tsaritsa Aleksandra est un peu avare de ses roubles. Un jour que j'étais dans le besoin, je lui avais demandé de me prêter quelques roubles et, quelques jours plus tard, alors que je lui en redemandais, elle n'a pas manqué de me dire: «Quoi encore? Je vous en ai donné il n'y a pas si longtemps!» Je me suis senti si blessé par cette remarque que, depuis ce temps, j'ai appris à ne plus jamais demander d'argent aux tsars.

De toute façon, je n'ai plus besoin de mendier maintenant. Lorsque des gens fortunés viennent me voir pour une consultation, mes administrateurs et mes secrétaires ne manquent pas de leur demander quelques roubles. Oh! je sais qu'ils se servent au passage, mais cela ne me dérange pas, pourvu qu'ils n'exagèrent pas et que ma famille et moi ne manquions de rien. Par contre, je leur interdis de réclamer quoi que ce soit aux gens peu fortunés.

Ainsi, des sommes colossales transitent entre mes mains et cela me permet de pouvoir donner généreusement pour faire construire des chapelles et de petits hôpitaux dans les villages qui en sont dépourvus, de même que de
donner généreusement aux plus nécessiteux et d'envoyer mes filles à l'école privée pour leur offrir une belle éducation, tout en me permettant de subvenir aux besoins des miens et de faire la fête à l'occasion avec mes amis, chez les tsiganes!

Pour en revenir à ta lettre, tu dois te méprendre, mon nom de famille est bien Raspoutine, mais je ne suis pas capitaine... moi, je ne suis qu'un simple starets et l'on me considère comme étant le mage-guérisseur, le conseiller et l'ami des tsars.

Tu dois probablement faire allusion à un autre homme qui porte le nom de Raspoutine, mais qui n'est définitivement pas moi. Moi, mon nom officiel se décline ainsi: Grigori Efimovitch Raspoutine Novykh.

Cordialement,

Grigori Raspoutine