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écrit à

   


Raspoutine

     
   

Et Alekseï?

    Cher Monsieur,

J'ai eu écho que vous connaissez fort bien bien le prince Alekseï Romanov.

Des personnes pensent que vous lui voulez du mal.

Est-ce vrai ou n'est-ce que des mensonges ?

Bien à vous,
Alexandre 14 ans.



Priviet Alexandre, (salut!)

Moi, lui vouloir du mal! D'où tiens-tu de telles idées, Alexandre? Je connais le tsarévitch pratiquement depuis qu'il est au monde... c'est moi qu'on appelle à son chevet lorsqu'il est malade car il n'y a que moi qui réussisse là où la médecine échoue. Pas un seul instant je ne penserais à lui faire du mal, à mon p'tit homme... il est si charmant et adorable, cet enfant! Même lorsque je ne suis pas à son chevet, il me réclame car il m'aime bien et me demande sans cesse de lui raconter des contes et légendes russes ainsi que de lui faire le récit de mes voyages et pèlerinages.

J'ai, en effet, l'immense privilège de côtoyer et de bien connaître les membres de la famille impériale dont le tsarévitch Alekseï avec qui j'entretiens des liens très serrés. Il n'avait que 3 ans environ, la première fois où je l'ai soulagé en lui imposant les mains et en priant à son chevet. Ceux qui me connaissent bien, savent combien j'aime les enfants et combien les enfants viennent facilement à moi!

Le tsarévitch Alekseï, je le chéris tout autant que mes propres enfants, alors comment pourrais-je lui vouloir le moindre mal? J'ignore qui t'a dit une telle absurdité mais ce n'est que mensonges et calomnies, je puis te le confirmer. Si je reste auprès des tsars à Saint-Pétersbourg, c'est uniquement pour être toujours disponible lorsque l'on m'appelle au chevet du tsarévitch. Cet enfant, je l'admire... bien qu'il souffre dans son petit corps qui est tout meurtri, il ne demande rien et ne se plaint pas. Il est très courageux, ce petit.

Peut-être que cette rumeur viendrait du fait qu'il m'est déjà arrivé d'être appelé en toute hâte au chevet du tsarévitch alors que le pauvre enfant souffrait le martyr et, en voyant la table de chevet pleine de fioles et de remèdes, je me suis quelquefois emporté... j'ai tout balayé du revers de la main en envoyant valser les fioles sur le parquet et en vociférant contre le personnel. Avec l'accord de sa mère, la tsarine Aleksandra, j'ai pu exiger que plus un seul médicament ne lui soit administré, afin justement, de le sauver.

Bien que je ne sois pas médecin, je sais que bien souvent ces remèdes ne font qu'empirer son état en provoquant chez lui encore plus de saignements. Je me suis même déjà pris avec le docteur Botkin à ce sujet. D'ailleurs, lorsque l'on arrête de gaver le petit de tous ces prétendus remèdes, il prend déjà du mieux, laissant l'amour que j'ai pour cet enfant, ma magie et mes prières agir plus efficacement que n'importe lesquels de ces traitements.

Da svidania,

Grigori Raspoutine