[courriel du correspondant]
écrit à

   


Raspoutine

     
   

Cette phrase est-elle réellement de vous?

    Chère Raspoutine,

On vous dit maléfique, on vous décrit comme le diable incarné.

Et comme une médaille à deux faces, une histoire à deux versions, alors dites-moi sincèrement s'il vous plaît si cette phrase était de vous?

«Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon corps n'aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils vous serez massacrés ainsi que toute la famille. Après le déluge terrible passera sur la Russie. Et elle tombera entre les mains du Diable.» Raspoutine

Et également si par cette citation vous invoquiez le Très-Haut pour mettre fin à la Monarchie et à la Famille Impériale?

Merci d'avance de votre réponse.

Christelle

Non... Non... Je t'en prie, ma belle... il ne faut pas croire tout ce qu'on te raconte sur moi!
 
Moi, je ne suis ni méchant, ni maléfique. Je ne suis pas le diable incarné! Je sais que je ne suis pas un saint non plus. Je ne suis qu'un pauvre homme, un simple paysan.
 
Tu le sais bien, il y a toujours deux côtés à une médaille, comme tu le dis si justement!
 
Oui, c'est bien moi qui ai prononcé ces mots, mais ce n'est pas une malédiction. Malheureusement, il s'avère qu'il s'agit là d'une prédiction, ma belle. Une bien sombre prédiction. Bien que j'aie prononcé ces mots, ce n'est pas moi qui les ai mis sur papier, c'est sûrement l'un de mes proches qui les a transcrits puisque tu as pu les lire. Moi je n'ai fait que les prononcer, ces paroles, que je ressentais au plus profond de mon âme.
 
Parfois, je pressens des choses ou j'entends des voix qui résonnent à l'intérieur de ma tête et de mon âme et moi, je ne fais que retransmettre ce que disent ces voix. Le Seigneur m'a donné un don, celui de pouvoir prédire certaines choses, certains événements parfois heureux, parfois malheureux. Ce n'est pas ma faute et je n'ai rien fait pour avoir ce don. C'est déjà bien assez difficile d'avoir à vivre en sachant d'avance ce qui va arriver.
 
Ma très chère Christelle, c'est Dieu lui-même qui a mis notre Tsar sur son trône. Comment pourrais-je vouloir mettre fin à son règne! Quel monstre je serais si je souhaitais une telle chose! Les Tsars sont mes amis et tous les jours, je prie pour eux, pour que Dieu éclaire leur chemin et les protège, de même que le petit, notre rayon de soleil, le tsarévitch Alexeï. J'ai tant souffert afin de porter sur mes épaules les souffrances de cet enfant. Je ne lui veux que du bien à lui ainsi qu'à ses parents.   
 
Crois en moi, ma belle, je suis leur ami!
 
Sincèrement,
 
Grigori Raspoutine

Automne 1916