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feu_follet1987@caramail.com |
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Bonjour moine des Russies! |
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| Mes sincères salutations à vous, Grand Maître (je vous admire énormément), ne sentez-vous donc pas le piège grossier; si un certain prince Youssoupof vous invite à dîner, refusez! Vous qui, par la grâce du Créateur, êtes un devin hors pair, répondez à ma requête: si vous avez prédit votre propre mort, pourquoi l'accepter aussi stoïquement et ne pas tenter de l'éviter? Est-ce parce que vous étiez confiant au sujet des desseins du destin (et donc Dieu en quelque sorte) ou parce qu'il ne sert à rien de tenter de fuir, ou ...? Attendant une réponse encourageante, Un admirateur anonyme Très cher admirateur anonyme, Votre lettre m'a fait grand plaisir et je vous remercie vivement de l'intérêt que vous me portez. Il est vrai que je peux ressentir que ma fin est proche, cependant je n'arrive malheureusement pas à savoir exactement où et quand cela se produira... Un voile obscur m'empêche de voir clairement les circonstances de cet événement. Vous me demandez si je tenterai d'éviter ma propre mort? Je vous répondrai que je ne l'accepterai évidemment pas avec soumission, car je ne me sens pas encore prêt à quitter ce monde, mais si cela venait qu'à arriver, soyez certain que je me battrai avec toute l'énergie du désespoir et cela, jusqu'à mon dernier souffle. Je demeure confiant, mais quoiqu'il arrive, je sais que l'on ne peut pas échapper à son destin, ni aux desseins de Dieu. En attendant, je dis à qui veut bien l'entendre que je suis protégé contre le mauvais sort et que je peux déjà prédire qu'il arrivera malheur à quiconque lèvera la main sur moi. Il y a des jours où je me sens si las... Mon désir le plus cher serait de me retirer et de m'exiler loin de toute cette agitation, dans mon paisible village de Pokrovskoié afin d'y couler des jours heureux sur ma ferme, mais la Tsarine a tant besoin de moi... Je ne peux me résoudre à l'abandonner ainsi. Ne suis-je pas, comme elle se plaît à me le rappeler, son mage, son sauveur, son ami? Pour ce qui est du Prince Félix Youssoupov, je m'étonne de voir que vous me mettez en garde contre lui. Étrangement, je prévois prochainement me rendre chez lui afin qu'il me présente à sa charmante épouse Irina, qui doit bientôt partir pour la Crimée. Le petit (c'est le surnom que je lui donne) m'a demandé de ne parler à personne de cette éventuelle visite, mais comme je suis d'une nature plutôt méfiante, j'ai déjà pris soin d'en informer plusieurs membres de mon entourage... Par simple mesure de précaution. De toute façon, je sais que des policiers en civil ont pour mission de me surveiller 24 heures sur 24 afin d'assurer ma sécurité. Ainsi, s'il advenait que l'on attente encore une fois à ma vie, ces policiers (qui me suivent discrètement partout où je vais) seraient les premiers sur place pour me porter secours. Depuis des semaines, je suis tout excité et très fébrile à l'idée que bientôt je serai reçu au prestigieux palais Youssoupov. Il faut savoir que les Youssoupov sont l'une des très nobles familles de Russie et que si je peux obtenir leur appui, cela me permettra d'avoir la faveur de toute l'aristocratie russe, ce qui serait un avantage indéniable pour faire taire toutes les mauvaises langues à mon sujet. Il faut dire que par le passé, il y a eu un froid entre les Youssoupov et moi, suite à une mauvaise plaisanterie du prince Félix... En effet, ce dernier m'avait un jour rendu visite, déguisé en une ravissante jeune femme, qui me pressait de ses avances. J'ai mis peu de temps à découvrir qu'il s'agissait en fait, du prince Félix. J'ai été à la fois surpris et profondément choqué ce qui a eu pour effet que, sans y réfléchir, je lui ai asséné une magistrale gifle en guise de représailles. Je me suis, par le fait même, mis tout le clan Youssoupov à dos. Il était inacceptable qu'un simple moujik ose lever la main sur un prince. La princesse Zanaïda Youssoupova, la mère de Félix, m'en veut énormément depuis ce jour. Il semble que dernièrement, le petit ait décidé d'oublier cette vieille affaire, ainsi je veux bien moi aussi passer l'éponge, puisqu'après tout, il s'agit du neveu de la Tsarine. Pour terminer ma missive, je voulais simplement ajouter que pour tout devin, si bon soit-il, il est malheureusement quelquefois plus aisé de prédire l'avenir des autres que de voir clair dans sa propre destinée. Je suis présentement très inquiet... La Sainte Mère, la Vierge Marie, qui autrefois murmurait à mon oreille, a décidé de faire silence et semble s'être détournée de moi. Peut-être qu'à force d'entendre mes prières, elle finira par accepter d'éclairer à nouveau mon chemin, car j'ai placé toute ma confiance en elle. Dieu vous bénisse, Votre tout dévoué, Grigori Raspoutine |
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