| Flore | ||
| Affaires de l'état | ||
| Cher Grigori, Dobryï Den très chère Flore, Alors comme ça, on parle toujours de moi malgré toutes ces années? Pour répondre à ta question, à savoir pourquoi je me suis occupé des affaires d'état au lieu de me limiter à mon rôle de guérisseur, je te répondrais ceci. Lorsque j'ai personnellement rencontré les tsars pour la première fois, c'était simplement pour leur donner une icône religieuse et offrir mon aide ainsi que mes prières afin de soulager et guérir le jeune tsarévitch de ses problèmes de santé puisque notre Seigneur m'a donné ce don de guérisseur. Ce n'est que quelques années plus tard que je suis revenu à Saint-Petersbourg et là, ma notoriété m'ayant précédé, je suis peu à peu devenu intime avec la famille impériale. Depuis quelques années, notre pays n'allait pas très bien et je savais que le tsar devait se rapprocher de son peuple afin de mieux comprendre les besoins de ce dernier. D'ailleurs, le tsar lui-même, a toujours aimé mon petit côté paysan et mon franc-parler. Sans vouloir vexer personne, je crois bien que c'était la première fois de sa vie qu'il avait l'occasion de côtoyer de près une personne appartenant aux gens de la terre. Il ne savait rien de la pauvreté ni de ce que vivaient les paysans et les gens du peuple. Peu à peu, donc, je suis devenu l'ami des tsars et le confident de notre impératrice, la tsarine Aleksandra. C'est à la demande de cette dernière que je suis devenu son conseiller spirituel. Puis, elle s'est mise à me demander conseil sur la façon d'aider son époux à mieux diriger le pays. Comme je sais lire les pensées et voir dans l'esprit des gens, elle m'a simplement demandé de rencontrer pour elle, de futurs ministres et de lui donner mes impressions sur eux. Voilà comment tout a commencé. Les tsars sont mes amis, je n'ai fait que répondre à la demande de la tsarine qui souhaitait y voir plus clair en ces temps troubles. Et puis, entre toi et moi, sans vouloir vexer personne et malgré tout le respect que je porte aux Français, je crois qu'un russe est mieux placé pour donner des conseils aux tsars. Contrairement à maître Philippe de Lyon, par exemple, la sainte Russie est mon berceau, c'est mon pays, je suis né ici et je sais tout du peuple russe puisque j'en fais parti. Ne suis-je pas le mieux placé pour leur dire ce que sont les vraies aspirations du peuple russe! Étant l'ami et le conseiller des tsars, je me suis trouvé bien malgré moi, à prendre part aux affaires de l'état. Je t'embrasse, Grigori Raspoutine 1916 Cher Grigori, Je suis ravie d'avoir à nouveau de vos nouvelles. Je me permets de vous demander ce que signifie «Dobryï Den». Je ne parle pas le russe mais je ne demande qu'à apprendre. Parlez-vous d'autres langues que le russe? En ce qui me concerne, j'ai appris l'anglais, l'espagnol et connais quelques mots d'allemand et d'italien. Je ne suis pas vexée quand vous dites qu'un russe est mieux placé qu'un français pour connaître les besoins de la Russie. Cependant, je me permets de vous faire remarquer que la grande Catherine, bien que d'origine allemande, malgré ses frasques, fut une grande tsarine, et à mon sens, une des plus grandes que la Russie ait connu. Mais celui pour qui j'ai le plus d'admiration est Alexandre II. Dieu ait son âme. Un grand homme qui ne méritait pas une fin si tragique. Vous dites que le tsar ne savait rien de la pauvreté mais qu'est ce qui l'empêchait de rendre visite aux indigents et de leur apporter même un peu de nourriture et des vêtements chauds. Il ne faut pas qu'il donne raison aux révolutionnaires qui hurlent que les Romanov affament leur peuple. D'ailleurs, ce qui m'agace, c'est que l'on ne parle pas assez des bonnes actions des souverains, trop souvent vus comme des tyrans, sans cœur. Par exemple, les hôpitaux créés par Catherine II, les soins apportés par Alexandra Fedorovna et ses filles pendant la guerre, les œuvres de charité de Marie-Antoinette... Mais bien que française, je sais que les Romanov sont aujourd'hui bien aimés dans leur pays, tout comme Marie-Antoinette l'est également par beaucoup de français. En tant que française, j'ai aussi de la compassion pour la famille impériale car nos souverains ont eu les mêmes tourments. Comme Alexandra Fedorovna, notre reine était vue comme méchante, cupide, détestant le peuple, alors qu'elle n'était pas comme ça. De même qu'Alexandra qui fut vue comme «l'allemande» à peine le sol russe foulé, de même Marie-Antoinette fut vite surnommée «l'autrichienne». Et toutes deux ont eu un fils gravement malade. J'espère que le petit prince et les duchesses se portent bien. Transmettez leur mes amitiés. J'ai également correspondu avec la grande duchesse Maria. Elle est charmante. Cordialement, Flore Chère Flore, «Dobryï Den» est une formule de salutation qui veut dire «Bonjour» en russe. Comme j'ai très peu d'instruction, tu comprendras que je ne parle pas vraiment d'autres langues. Je connais bien quelques mots dans en français, en anglais, et en grec aussi, pour avoir fait un pèlerinage en Grèce, mais c'est vraiment très peu et je ne connais pas assez ces langues pour pouvoir les parler. Comme tu dois le savoir, il n'y a pas que la Grande Catherine qui était d'origine allemande. Notre impératrice, la tsarine Aleksandra Fiodorovna est aussi allemande. Pour ce qui est de notre tsar, tu comprendras que la tradition, le protocole, l'empêchaient de pouvoir rendre visite aux indigents et de côtoyer de trop près les gens du peuple. C'est pour cela que je me suis toujours fait un devoir de l'informer et de lui parler du peuple russe, de leurs aspirations, de leurs conditions de vie. Avec la guerre, cela a un peu changé. Depuis qu'il a décidé de prendre en charge le commandement de l'armée, il est à même de voir de ses yeux la misère humaine. C'est d'ailleurs sur mes recommandations que la tsarine, ses filles, Anya (Anna Vyroubova) et quelques amies à moi, ont décidé de s'engager auprès des malades en tant que sœurs de la charité. Cela permet au peuple de mieux connaître leur impératrice et de voir qu'elle est humaine et concernée par la misère de celui-ci. Amicalement, Grigori Raspoutine 1916 Cher Grigori, J'aime beaucoup la salutation «Dobryï Den». J'écoute d'ailleurs quelques chansons russes et j'aime beaucoup. Je regrette de ne pas comprendre les paroles mais la musique est belle. J'aime énormément les musiques du compositeur Tchaïkovski, je ne sais pas si vous l'avez connu. Je suis friande de musique classique. Mes œuvres préférées sont «Le lac des cygnes» et «Casse noisette». J'ai d'ailleurs vu le ballet du Lac des cygnes. C'était magnifique. J'avais l'impression d'être à la cour du tsar. Je ne sais pas si les Romanov l'ont vu. Savez vous que des chanteurs, qui me sont contemporains, ont écrit une chanson parlant de vous. Je ne sais pas si d'autres de vos correspondants vous en ont parlé. C'est une de mes chansons préférées. Si vous le souhaitiez, je pourrais vous en faire parvenir les paroles. Cordialement, Flore Bonjour Flore, En effet, la musique russe est très belle! Moi, c'est la musique des tziganes qui me touche et que j'aime tout particulièrement. Oui, ma belle, on m'a déjà parlé du fait que des chanteurs de ton époque avaient composé une chanson qui parlait de moi. J'espère seulement qu'ils n'ont pas trop colporté de ragots... Il y a tellement de gens qui répandent des choses ignobles à mon sujet! Je t'embrasse, douchka, Grigori Raspoutine 1916 Cher Grigori, Malheureusement, les paroles de la chanson ne sont pas toujours très flatteuse. Je peux vous traduire un ou deux passages pas très flatteur: Raspoutine, lover of the russian queen: Raspoutine, l'amant de la reine de Russie. Most people looked at him with terror and with fear: la plupart des gens le regardaient avec terreur et peur. He ruled the russian land and never mind the tsar: il régnait sur la Russie et ne s'occupait pas du tsar. J'aime surtout la musique de cette chanson. Je vous rassure, la reine Marie-Antoinette a eu des chansons pas très flatteuses non plus sur ses prétendues liaisons adultères avec le comte de Fersen. Je peux vous citer ceci à l'attention de louis XVI: Louis si tu veux voir cocu, catin, coquin Regarde dans ton miroir, Antoinette et Fersen Ce genre de calomnie est monnaie courante pour les amis des têtes couronnées. Marie Stuart, Anne Boleyn, l'impératrice Sissi y ont eu droit également. C'est aussi quand on connaît mieux l'histoire qu'on comprend que l'histoire de ces princesses et reines n'ont rien à voir avec les contes de fées. D'ailleurs, les cours d'histoire ne commencent jamais par «il était une fois». En ce qui concerne les Romanov, je pense que les pauvres gens sont excusables. Ils ne peuvent pas aimer des gens qui les laissent mourir de faim en entretenant des nobles à leurs dépens et qui envoient des soldats se faire massacrer sur des champs de bataille. Cordialement, Flore
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