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Jean-Claude
écrit à
Rantanplan
Rantanplan


Reconnaître quelqu'un


   

Salut rantanplan,

Une copine, Bérénice, dit que je suis comme toi car je ne reconnais personne. C'est vrai, mais surtout quand je n'ai pas envie. Moi je préfère aller boire un coca plutôt que de passer mon temps à reconnaître tout le monde.

Jean-Claude


Ami Jesse,

Qwaf ? Comment cela, je ne reconnais personne? Foi de toutou, en tant que plus fin limier de tout l'Ouest, j'affirme que je suis en mesure d'analyser, grâce à mon regard aiguisé, tous les individus qui passent à moins de cinquante centimètres de ma gamelle. Certes, je ne suis pas très physionomiste et il m'arrive de peiner à reconnaître Lucky Luke, mais cela n'a pas d'importance. Pavlov m'a même indiqué un moyen mnémotechnique pour repérer nos clients: ils sont tous déguisés en abeilles et accompagnés d'un boulet qui leur sert de SAV*. Pour les autres, il suffit qu'ils déclinent leur identité afin que je les reconnaisse. Vous voyez bien que cela n'a rien d'amphigourique...

Je dois avouer que vous ne me paraissez pas très finaud, mon pauvre ami Jesse... Mais n'est pas Rantanplan qui veut, hélas, trois foies** hélas...

Si d'aventure vous vous promenez près du pénitencier dont je suis le fidèle gardien, n'hésitez pas à profiter de mes séances d'analyse psychologique et de profilage, elles ne vous feraient pas de tort... Le paiement s'effectue en Eur-Os (le taux de change est variable selon le pays)... Averell a été formé par mes soins, et il représente ma meilleure publicité!

Je pense néanmoins que votre cas n'est pas si désespéré, car vous savez nommer et reconnaître la personne qui soulève votre handicap... Il s'agit là d'un début prometteur, et sans doute seriez-vous apte à seconder le Shérif dans sa quête...

Bien à wouf!

Rantanplan

* Sécurité anti-vol, NDLR
** de coyote...

Ha ha des psychologues! Ca tombe bien, je connais toute la fac de psychologie de ma petite ville. Et je dois dire qu'ils ne sont pas tous très bons psychologues. Mais il ne faut pas le leur dire car ils sont susceptibles. Et en plus ils m'ont pris comme sujet à observer. Le plus fin d'entre eux m'a même proposé de devenir mon coach de vie... Je vais lui dire de venir te parler car il aime parler avec toute personne succeptible de l'écouter. Il te parlera de ses dernières découvertes en matière de suggestion. Mais attention, il tentera de te suggérer des idées qui amélioreront ta vie, avec des techniques subtiles qui consistent à détourner ton attention tout en te suggérant des idées. C'est réellement risqué car tu pourrais mourir de rire en oubliant de respirer. Moi des fois j'oublie de respirer.

Et pis Bérénice pourrait te prodiguer des caresses. C'est la plus gentille. Et la technique des caresses est la plus agréable.

Wouaff je vais tout de suite demander quelques caresses.


Ami Jesse,

La fac? Vous parlez de nos «Formalités d'adhésion aux Cellules» instaurées par notre Directeur Pavlov? En effet, je suis le garant de celles-ci, mais j'ignorais que vous en connaissiez l'existence. Wouf! Cela peut paraître compliqué pour des coyotes de votre espèce, dont le cerveau n'est pas à la hauteur de leurs espérances, mais laissez-moi vous en conter quelques détails. Chaque résident de notre brillant pénitencier se doit de remplir un formulaire d'adhésion avant d'y pénétrer. Les places sont tellement demandées dans l'Ouest, qu'il faut parfois même patienter quelques mois avant d'être accueilli en grandes pompes. D'ailleurs, Bones le croque-mort* leur propose un six pattes sur deux** en solution de rechange. Seulement, mon flair infaillible me pousse à croire qu'ils sont un peu à l'étroit pour faire la sieste dans ce genre de cellule. Je pense que sa publicité est mensongère: «Repos éternel»! Wouf! Même un cabot n'y tiendrait pas cinq minutes! Et pour être certain de ne pas oublier un inscrit, Luke affiche le portrait de nos futurs clients sur les murs d'enceinte de la prison.

Une fois le formulaire récupéré, Pavlov donne le choix entre une vue sur les cactus ou sur le canyon, puis accompagne nos hôtes en les prenant par la main, geste très amical, vous en conviendrez. Les heures de repas et de loisirs sont fixées par chaque résident, notre établissement est en effet spécialisé dans les services à la carte (cassage de cailloux, limage de barreaux, creusage de trous, bals costumés...). Notre devise: «Un résident satisfait est un résident qui revient». D'ailleurs, Joe Dalton et ses frères ne sont-ils pas les premiers à accourir dès que les portes s'ouvrent à la belle saison? Ils sont tellement enchantés de nos soins qu'ils ne quittent plus le costume que nous leur avons prêté jadis.

Votre sorcier peut-il vraiment améliorer mon existence? Doubler ma ration de viande et mon temps de sommeil, qui actuellement est de dix siestes de deux heures trente chacune, m'enivrerait de joie! Je m'en secoue les puces d'empressement mon ami. Waf! Œil de bison n'est qu'un amateur à côté! Tout juste peut-il dédoubler ma pitance en me faisant avaler son eau de feu, mais mon estomac n'est jamais rempli par cette double ration... Je subodore qu'il use de magie noire à mon égard.

Bérénice vous caresse-t-elle du pied à l'arrière-train? Ma queue frétille chaque fois que Joe me prodigue de telles douceurs. Profitez-en, nous sommes chanceux de connaître ces délicatesses.

Arf! Tant d'efforts d'analyse ont fatigué mon cerveau. Ma sieste m'attend...

Bien à wouf!

Rantanplan... The poor lonesome cowdog...

* c'est ce qu'on appelle les pompes funèbres, NDLR
** soit un mètre quatre-vingt-trois sur soixante-et-un centimètres

Arff! Tu as de la chance d'habiter dans un si bel hôtel! Moi j'habite dans la prison dite de la Cité Universitaire. J'ai la cellule la plus dure dans un étage sombre. Elle est située à côté de la salle des machines qui font un bruit épouvantable. C'est la technique du bruit. Une technique spéciale pour me faire avouer.

Les prisonniers les plus riches, eux, ont droit à une cellule avec vue sur la mer. Le plus ancien d'entre eux est dans la même cellule depuis dix ans. Ces salauds ne l'ont toujours pas libéré. La FAC le retient et le fait travailler en lui faisant rechercher des os enfouis sous terre depuis des siècles. Ils ne le paient évidemment pas et il n'a pas le droit de ronger les os. Il y a aussi des psychologues qui travaillent pour les services secrets. Certaines d'entre elles dorment même parfois dans ma cellule pour me chatouiller. Je ne sais pas si j'aime ça, car ça me fait rire. Et elles adressent ensuite un rapport détaillé de toutes mes activités à leurs collègues du Secret Service. Par chance, tu es là, Rantanplan. Tu es la seule personne à qui je puisse m'adresser sans que leur sorcier n'intervienne. Le moindre faux pas et c'est l'asile psychiatrique réputé pour ses gardiens fous!

Wouaff, j'ai une sensation dans le bas-ventre. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai faim ou si c'est le besoin de caresses. Je file voir Bérénice: elle me donnera à manger et me prodiguera des caresses.

Bien à toi,

J.C.

Ami Jesse,

Waf! Quelle chance vous avez d'être autant aimé de vos congénères! Cela me rappelle ma petite vie tranquille en prison. Les cellules les plus sombres sont les plus fraîches et nous accordons beaucoup d'intérêt à leurs pensionnaires. Savez-vous que chaque matin je me mets un point d'honneur à vérifier que leurs barreaux n'ont pas été abîmés par les bestioles errant dans le désert, et que nous rebouchons leurs trous d'aération afin de leur éviter un courant d'air? Moi-même, à force de travailler au vent, je suis rempli de courants d'air dans la tête, enfin c'est ce qu'affirme Joe en me voyant chaque matin.

Vous aussi, vous connaissez cette terrible sensation dans le bas-ventre? C' est incroyable! Foi de toutou, cela fait des semaines que des gargouillements et autres agréables chatouilles asticotent mon flanc chaque fois que la délicieuse Wouffie m'écrit. J'imagine que ce sont les précieux mets qu'elle m'envoie qui créent ces maux d'estomac, et pourtant j'ai beau manger le plus possible, rien n'endigue ce mal étrange... Alors je jeûne... seulement sept pitances par jour cette dernière semaine... Enfin, quand je dis mal, je devrais plutôt dire que, comme pour vos chatouillements, je ne sais si j'apprécie ou non ces curieux symptômes.

Des os enfuis sous terre depuis des siècles, dites-vous? Mais ce pénible labeur ne devrait être confié qu'à une personne digne de confiance, de mon espèce. Nous pourrions envisager un mobile-homme, c'est-à-dire un échange de cellule avec votre ami, le tant que les fouilles soient terminées. Waf! Un défenseur des droits tel que moi ne saurait souffrir autant d'abominations pour un seul homme!

Je vous abandonne, mes douleurs au flanc me reprennent.

Bien à wouf!

Rantanplan
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