Wouffie
écrit à

Rantanplan
| Cher, très cher
Rantanplan, C'est emplie de gratitude que je t'adresse ce message car tu m'as sauvée de la disgrâce. Bien que cela me force à dévoiler la maladroite créature que je suis, je dois te conter ma mésaventure. J'ai été adoptée par une gentille famille pour l'anniversaire du plus jeune membre de la famille, Kevin, un petit homme de dix ans. Celui-ci a entrepris de faire de moi une chienne du monde. Mon jeune compagnon m'a confectionné des petits chaussons pour que je n'aille plus pattes nues comme une chienne de la campagne. La première séance fut catastrophique! A peine m'avait-il enfilé les chaussons que mes pattes ont refusé de me répondre: mes pattes arrière ont décidé qu'elles ne se fréquenteraient plus et chacune est partie de son côté, tandis que ma patte avant gauche voulait se diriger vers la porte et la droite vers la fenêtre! Plus je tentais de me redresser, de marcher fièrement, plus je patinais en tous sens! Kévin a été vraiment compréhensif et, pour ne pas me blesser en montrant sa déception d'avoir une jeune chienne si peu douée, il a masqué sa peine en simulant la joie. Le pauvre avait bien du mal à cacher sa peine; pour ne pas s'énerver ou pleurer il riait, de plus en plus fort, mais je voyais bien les larmes perler aux coins de ses yeux. C'est un petit garçon persévérant et il a pensé qu'une pratique régulière me permettrait de progresser. Aussi a-t-il pris soin de multiplier les séances de marche en chaussons. J'étais désespérée car je sentais qu'il allait constater que je ne faisais aucun progrès. Mais il s'est mis à regarder des livres d'image et il n'a plus pensé à mes séances. Alors, quand Kevin est sorti, je suis allée voir les livres... et c'est toi que j'ai vu! Quelle révélation! Je comprenais la fascination de Kévin. Comment ne pas être séduit par un tel philosophe, doublé d'un chien d'action de surcroît? Mon image préférée est celle où tu médites devant le saloon. Je t'avoue que j'ai la pensée bien légère, quand je la contemple, que c'est à moi que tu songes au lieu de refaire le monde. Ta Wouffie Ma chère Wouffie, Waouuuuuuuuuuuufffff! Un éclair est passé par le petit creux de mon estomac à l'instant même où Pavlov, le Directeur du pénitencier, m'a lu ta lettre (immangeable cette lettre, trop difficile à déglutir, elle manquait de crème pâtissière...). Ce que j'ai ressenti ressemble à peu de choses près à la sensation que j'éprouve quand j'abuse de saucisses juste avant de dormir... Sans doute parce que je mange couché, et que je ne prends pas le temps de m'asseoir pour digérer... Mais, que veux-tu, mon emploi du temps est tellement chargé avec tous ces bandits à arrêter que je ne trouve pas le temps de poser mon arrière-train cinq minutes... Et couché est la meilleure position que j'ai trouvée pour être toujours prêt à bondir sur l'ennemi! Bref, pour faire passer cette nausée persistante, mon regard et mes crocs se sont portés sur un gigot dont l'os avait été abandonné par ce gaspilleur d'Averell. Mais rien n'y fit, j'eus beau chercher quelque vivre supplémentaire, la douleur ne disparaissait pas. Je ne peux pas dire cependant qu'elle était désagréable... moins savoureuse qu'une caresse de Joe ou qu'une assiette de choucroute sans doute, mais acceptable... C'est alors que, comme à l'accoutumée, j'eus une révélation extraordinaire! Un éclair de génie! Et puisque mon instinct ne m'a jamais trahi, je sus tout de suite de quoi il retournait. C'était évident, j'étais... comment dit-on déjà? Le bonheur me secoue les neurones et j'en perds mon canin. Ah oui, je me suis littéralement senti hypnotisé par tes pattes, ma chère Wouffie, et plus particulièrement tes chaussons. Quelle richesse, quel confort, quelle élégance, tout ce qu'un animal racé de mon espèce pourrait souhaiter qu'on lui offre! Alors, ma chère Wouffie, si tu acceptais de me donner tes chaussons, tu ferais de moi le plus heureux des toutous. Malgré mon caractère de chien, je saurai me montrer reconnaissant et partager avec toi quelques puces que tu choisiras sur mon museau. Waf! Depuis le temps qu'on m'en parlait de ces chaussons, jamais je n'en avais goûté... Est-ce qu'ils sont aux pommes? J'ai grande hâte de les renifler et surtout de les savourer, morceau après morceau, miette après miette... Je m'en pourlèche déjà les babines et je bave de contentement. Je me dépêche de reprendre ma sieste pour me mettre en appétit. Voilà une femelle qui a du chien! Ma reconnaissance sera éternelle. A touah, pour la vie. Ton Rantanplan errant (Poor lonesome cowdog...) PS: tu me trouveras facilement ma mignonne, le pénitencier est situé près du troisième cactus à gauche du fil qui chante... Mon Rantanplan, Enfin je peux te répondre! En recevant ton message, j'ai couiné à l'idée de toutes ces puces que nous ne partageons pas. Kevin m'a réconfortée par un gentil «Wouffie t'es saoulante». Je suis allée m'allonger près de ma gamelle, pour manger allongée, comme toi. Le rebord de la gamelle n'aidait pas; il m'a fallu quelques reptations pour y parvenir. Dégustant ma pâtée sur le flanc je pensais à cette douleur au creux de ton estomac. Je ressentais la même. Peut-être l'arrivée des chaleurs? Pourtant toi tu n'as pas de chaleurs -enfin, je crois! Kevin a beaucoup admiré ta technique du repas allongé qu'il a saluée en s'exclamant «Maman, regarde la dernière de Wouffie! Elle ondule vraiment de la toiture cette chienne!». Et il est vrai que j'ai un joli pelage ondulé et soyeux. Après deux jours de méditation allongée devant ma gamelle, les parents de Kevin m'on emmenée en visite chez le monsieur en blouse verte et il m'a gentiment hébergée, toute la semaine. Il me parlait et me donnait à manger des petits bonbons, pas bons d'ailleurs. Et me voici enfin de retour. J'ai pris les chaussons pour te les offrir. Ils sont encore tout imprégnés de mon odeur. Reçois ce gage de mon affectation. Ta Wouffie Wouffie, ma mignonne, N'est pas Rantanplan qui veut, hélas, et cette technique de repas, il te faut du temps et de la patience pour l'acquérir. Mais comme ton Kévin m'a l'air aussi affectueux que mon petit Joe, il saura t'encourager dans ce procédé novateur grâce à ses paroles réconfortantes. Nous pouvons être fiers de toute cette attention que nos maîtres nous accordent. Pour ma part, j'essaie d'être digne de la confiance du mien en léchant son museau et en me frottant contre ses pattes rayées. Je crois deviner qu'il adore ces petits moments privilégiés de tendresse. Tu peux aussi tenter la méthode d'hypnose de la nourriture: approche-toi à pas de coyote vers ta gamelle, marque l'arrêt quelques secondes en fixant ta pâtée afin de ne pas la laisser filer, puis, d'un bond majestueux autant que gracieux, jette-toi sur ta proie et dévore-la sur-le-champ! Je dois t'avouer que cet exercice demande une dépense énergé-tique importante, et qu'il te faudra un certain temps avant de récupérer ton quota de tiques et de puces sur le museau. Plus l'effort sera important, plus le nombre de points-tiques sera élevé*. Ah, ma belle, j'attendais ta réponse avec tant d'impatience... J'espérais tellement que tu me donnes tes chaussons! J'en rêvais pendant mes siestes, et j'y pensais au milieu de mes repas... Pavlov vient de me les apporter et je renifle déjà ton parfum de chien mouillé! N'est-ce pas du Pierre Canin? Je te serai à jamais reconnaissant, ma Wouffie, et j'accepte de partager avec toi quelques puces, si tu permets que je partage ta pitance! Tu réalises un vœu qui me tient particulièrement à l'estomac, autant que celui de goûter à de l'Os au Buko (une espèce rarissime de coyote, paraît-il)! Seulement, ne le prends pas mal, mais je les trouve un peu indigestes, certains morceaux me restent dans la gorge... Peut-être ne les ai-je pas laissé faisander assez longtemps? Des chaleurs dis-tu? Mais de quoi s'agit-il? Le soleil de l'Ouest tape sur le crâne (et sur mon système dit Joe) en permanence dans le désert, et cette chaleur persistante provoque chez moi des envies de sieste, que je suis dans l'obligation de contrôler pour éviter de trop dormir! Sais-tu, ma douce, que la douleur au creux de mon abdomen ne faiblit pas? Je mange, je dors, rien n'y fait, elle persiste et ne laisse aucun répit à mon esprit canin qui en perd d'ailleurs son intelligence depuis quelques jours! Je commets des erreurs irréparables: j'empêche les résidents de quitter le pénitencier, je laisse entrer tous les cow-boys montés et autres quidams errants... Je vais jusqu'à combler les trous d'aération qui jonchent le sol des cellules car les courants d'air fragilisent mon esprit! Et ce pauvre Joe a même payé les frais de mon incompétence: j'ai mordu son mollet alors qu'il souhaitait simplement prendre l'air dans le jardin privatif de la prison! Pavlov étanche sa peine en m'apportant davantage de nourriture; il comprend bien que mon flair et mon œil acéré sont réduits à néant, et que jamais il ne saura retrouver un animal racé et de mon cran... Je risque d'en perdre mon étoile de shérif. Ah, chienne de vie! Bien à touah ! Ton Rant' reconnaissant... * ancêtre du permis à point, NDLR Mon Rantanplan, Quel bonheur de recevoir des nouvelles de toi. J'ai remué la queue pendant des heures! Kévin était ravi de me voir si heureuse, alors pour rendre ce moment plus festif, il a attaché des clochettes au bout de ma queue. Sa maman, qui avait très envie de jouer avec les clochettes, a essayé de m'attraper pour me les prendre, mais je suis rusée et rapide et elle a renoncé, saluant ma victoire d'une caresse du pied sur l'arrière-train si enthousiaste qu'elle m'a projetée dans le garage! Cette pauvre femme a très peu de mémoire et elle a oublié de laisser la porte ouverte, si bien que j'y ai passé la nuit. Le lendemain, j'ai décidé d'hypnotiser la nourriture. Je me suis placée au bout du couloir, un poste d'observation idéal pour guetter mes bouchées aux boeuf. Les traîtresses faisaient les mortes, mais je n'étais pas dupe! Je me suis approchée en silence, mise en arrêt. Je n'ai pas eu le temps de me préparer à bondir car Kevin, admiratif, a lancé «t'as fondu un fusible ma pauv' Wouffie!». J'ai sauté, majestueuse, et dévoré mes bouchées, qui étaient fondantes, comme Kévin l'avait prévu. Par contre je trouve que ce fusible dont il parle a le même goût que le boeuf. L'après-midi, j'ai voulu tester ta merveilleuse technique sur le chat des voisins. Ils l'ont appelé Bonne à pattes, ce qui est un mystère, car c'est bien un mâle. J'ai bien négocié mon approche mais, lorsque je me suis mise à l'arrêt, il a fait le pompon en gonflant ses poils. Je me suis concentrée pour l'hypnotiser et il a craché. J'avais du mal à évaluer le bon moment pour bondir car il ne réagissait pas du tout comme mes bouchées au fusible. Tandis que je m'interrogeais, il a pris la fuite. La prochaine fois je saurai que si je fais ces calculs stratégiques pendant l'hypnose, cela diminue l'intensité de mon envoûtant regard. Je suis désolée que les chaussons n'aient pas été à ton goût et j'espère qu'ils n'ont pas augmenté cette douleur à l'estomac que tu ressens. Je la ressens aussi tu sais et je reste des heures allongée dans la chambre de Kevin, mon joli museau posé sur mes petites pattes, à attendre qu'elle disparaisse en pensant à toi. Peut-être que cela ira mieux après les chaleurs... ha oui, les chaleurs! Tu voulais que je t'en parle. C'est un moment incroyable! Sans que je ne fasse rien, mon odeur, que tu connais maintenant, change brusquement et devient irrésistible. Tellement que tous les copains du quartier veulent me rendre visite, mais la maman de Kévin n'aime pas les mondanités. Avant, lorsque cela arrivait, je faisais des allées et venues dans le couloir en chantant et le papa de Kévin venait me féliciter en me donnant des caresses du pied. Maintenant c'est ton nom que je chante dans le couloir et tu me manques tellement que j'en ai mal au ventre et que même les caresses de la famille ne m'apaisent pas. Ta Wouffie qui t'espère... Ma douce et tendre, Wouf! Ainsi donc, voilà ce que tu nommes chaleurs! Je connais ce phénomène en effet, et chaque jour Joe me répète à sa manière à quel point je suis irrésistible. Ses frères et lui ne peuvent se passer de moi, ils me caressent et m'abreuvent de paroles agréables. Mais, ma pauvre amie, les miennes durent tout le temps, et mon odeur reste identique quoi qu'il advienne. Le micro-climat de l'Ouest sans doute... Je dois quand même admettre que mon effluve perd de son intensité lorsque Pavlov me jette cette masse gluante, froide et transparente sur le dos de temps à autre. Je crois me rappeler qu'il nomme cette coutume «lavage». Pour te dire la vérité, je subodore que son geste n'a d'autre dessein que de m'ôter la vedette au sein du pénitencier. Il envie toutes ces marques d'attention que me portent nos résidents. Ce «lavage» amenuise l'odeur de chien mouillé qui me caractérise et constitue si bien mon charme. J'ignore ce que tu nommes «clochettes» mais je crois deviner qu'il s'agit d'un bien précieux. Quelle chance tu as de connaître Kévin, il s'entendrait tellement bien avec mon petit Joe! Sa mère n'a pas l'air vraiment maligne, en effet, et elle ressemble étrangement à certains gardiens qui refusent de laisser la porte de la prison ouverte pour je ne sais quelle mystérieuse raison. Pourtant, j'aime lorsque les courants d'air entrent dans la cour. D'ailleurs Luke me répète parfois qu'il y en a dans mon crâne. Je me remémore certains soirs où, les poils au vent, à la pleine lune, je hurlais à la mort, tel un coyote racé. Mes vocalises étaient souvent récompensées par des mets raffinés quoiqu'un peu indigestes: tranches de semelles, boulet rôti, saucisse de marteau... Hum... leur fumet me hante encore les naseaux... Lorsque tu chantes, reçois-tu autant de succès que moi? Ma bonne amie, ne sais-tu pas que nous vouons une haine ancestrale à ces sales bêtes que sont les chats? Arf! La technique est radicalement différente de l'hypnose de la nourriture. Elle se nomme «apprivoisement». Je t'explique: pour apprivoiser ces saucisses à quatre pattes, il te faut plusieurs aptitudes obligatoires. La première, un œil acéré afin de ne pas confondre cet animal avec un éléphant, que l'on rencontre parfois dans le désert. La seconde, une propulsion arrière sans défaut (l'idéal serait même un 4x4 pattes). La troisième, enfin, un sens de l'orientation infaillible. Une fois ta proie repérée, ne tente ni la technique d'arrêt, ni celle de l'hypnose. Opère un virage à 180 degrés, de manière à retrouver ton arrière-train à la place de tes pattes avant (évite de croiser les pattes, c'est une technique qui m'a déjà fait défaut). Puis, sans tenter d'ajouter un peu d'élégance ou de souplesse à ton geste, cours le plus promptement possible vers d'autres horizons. C'est à ce moment précis que ton sens de l'orientation devient primordial, car en aucun cas il ne te faut revenir à ton point de départ. J'espère que mes conseils t'aideront à dresser ton «beau n'a pas de pattes». Mes douleurs à l'estomac ne cessent d'augmenter, et je ne sais comment y remédier, hélas. Chaque lettre que tu m'envoies ajoute un peu plus à mon malaise... Au fond, ce mal inconnu ne me déplaît pas... Il est simplement étrange. Te rends-tu compte que je n'ai touché qu'à huit pitances aujourd' hui? Et mes siestes sont peuplées d'êtres qui te ressemblent... A touah ma mignonne, Ton Rant' Salut chien de mon coeur! J'ai suivi tes précieux conseils pour apprivoiser le chat des voisins; le demi-tour n'est pas si évident à négocier, surtout lorsque Kevin m'a mis des chaussons. Ta technique d'apprivoisement étant vraiment efficace, j'ai décidé de l'appliquer à "Mavieille" (c'est le nouveau nom que Kevin donne à sa maman quand il parle à ses copains). Donc, mercredi dernier, Mavieille a décidé de procéder à mon lavage. Après avoir lu ton courrier j'ai compris qu'elle était jalouse de mon odeur, surtout à l'approche des chaleurs. Elle doit craindre que je séduise Monvieux (le nouveau nom du papa de Kévin). Je me suis dit "Toi Mavieille, je vais t'apprivoiser". L'apprivoisement de Mavieille a été difficile. Je ne sais quelle partie j'ai mal exécutée et je viens une nouvelle fois te demander conseil. Mon oeil acéré a immédiatement reconnu la tenue qu'elle met pour effectuer mon lavage. J'ai effectué le virage à 180° et me suis rapidement dirigée vers d'autres horizons, lesquels étaient constitués par le couloir et le salon. Contrairement au greffier d'à côté, Mavieille m'a poursuivie... Mais j'aime les animaux qui ne se laissent pas facilement apprivoiser. Alors je l'ai laissé approcher et hop, virage à 180° et direction l'escalier. Là, elle s'est mise à chanter dans toute la maison une mélodie sauvage: "attrapémoicefoutuclébar!!" Quel bonheur de la voir enfin libérer son instinct! J'ai donc renouvelé la manoeuvre, deux fois, trois fois. Monvieux est venu se joindre à l'apprivoisement et a ouvert la porte du jardin pour étendre le terrain de jeu. Je me suis ruée dans le jardin. Monvieux, qui ne comprends jamais rien à mes manoeuvres lorsqu'elles sont comme ici trop subtiles, a saisi le tuyau d'arrosage et s'est amusé à m'asperger. Voilà... tout est à refaire! J'ai mal au ventre moi aussi, parce que je viens de nous imaginer apprivoisant Mavieille, toi me donnant de judicieux conseils, elle chantant joyeusement. Le soir tu partagerais mon coussin... (soupir) Waaaaouuuuuuffffffff Ta Wouffie Ma Wouffie, Waf! Si tu savais comme je te comprends... Fier de mon succès en demi-tour ultra-rapide, j’ai voulu tester à nouveau cette bonne vieille méthode avec nos amis les gardiens du pénitencier. Comme je sais à quel point ils aiment s’amuser avec moi, j’ai tenté de subtiliser avec la délicatesse qui me caractérise le gigot du grand manitou. Après avoir cherché trois secondes six dixièmes le meneur du jeu –ton serviteur– il a ameuté tous ses amis pour jouer à cache-cache avec moi. Seulement, j’avais omis une donnée capitale dans l’élaboration de ma stratégie. Le demi-tour n’est valable que si tu n’es poursuivie que par un seul joueur. Dans le cas du couple de joueurs, le demi-tour face à l’un des deux consiste simplement à se retrouver face à l’autre, et ainsi de suite si tu poursuis sans cesse les volte-face effrénées… Or, depuis, mes quelques centaines de siestes m’ont permis d’affiner cette méthode inédite. En effet, je t’explique, mon cœur: il faut te positionner de manière à retrouver mavieille et monvieux face à face. Ceci ne doit pas être trop compliqué pour toi, encore que mon cerveau reste sensiblement plus élaboré que le tien… Waf, passons… Une fois la position délicatement acquise, il ne te reste plus qu’à sauter de manière fugace, propre et ordonnée, sous les pattes arrières de mavieille (ou monvieux, tout dépend de ta pose initiale), et, par enchantement, ou plutôt méditation cognitive du cerveau, mavieille et monvieux devraient se retrouver accrochés l’un à l’autre, provoquant des chants indiens du style «aïeaïeaïeouïlleouïlleouïlle» ou «kicékimafoutuyuncabotpareil », ou encore «jemenvételesavaterlecabotdemalheur». Ces pratiques sont très courantes, la danse esthétique et le chant aussi mélodieux que la plainte du vent dans ma gamelle, les soirs de pleine lune… Bien à twaf, ma Wouffinette! Ton Rant’ |