Ben
écrit à

Rantanplan
| Très cher meilleur ami de
l'Homme-qui-tire-plus-vite-que-son-ombre, Ami Rantanplan, expert en bêtise humaine tant qu'animale, ne dit-on pas: «bienheureux les simples d'esprit, car ils entreront au paradis?» Je te soumets ce doute qui a pris racine en moi il y a de cela quelques mois alors que je travaillais comme pion dans un lycée. Voilà, je discutais avec un autre de mes amis, prof de philo de son état, sur le thème: que faut-il enseigner aux jeunes d'aujourd'hui? Sa position, fort louable au demeurant, était qu'il fallait leur enseigner à être des individus complets, intelligents, capables de relativiser les problèmes auxquels ils seront confrontés, en un mot des citoyens. La mienne, de position, était celle, provocatrice, du trublion que j'étais alors. J'affirmais, avec toute la verve dont je suis capable, que pour leur sérénité et dans la perspective d'avoir une vie calme, pleine de joies simples et de petites déceptions, il ne fallait leur enseigner que le strict minimum de survie, tenter d'éteindre toutes leurs préoccupations métaphysiques, en un mot leur apprendre à être de bon moutons qui vont joyeusement à l'abattoir. Si je peux me permettre de mettre une emphase sur le «joyeusement» de ma dernière phrase, je t'en serais reconnaissant, ô fidèle compagnon de chevet de mon enfance. Voilà cher Rantanplan, ma question est la suivante: peux-tu nous départager? De plus, je te ferai part d'une citation sur laquelle je suis tombé il y a peu et qui me paraît illustrer le sujet: «l'enseignement c'est comme une maladie sexuellement transmissible: elle rend inapte à beaucoup de choses mais en même temps ça vous démange de la faire partager.» La citation est de Terry Pratchett, un humoriste anglais injustement mal connu en France. Bien à toi. Ton meilleur ami, Ben Ami Ben, Waf! Lorsqu'il s'agit de faire fonctionner ses méninges, votre serviteur répond toujours au garde-à-vous (dans mon cas, ce garde-à-vous sera couché pour éviter toute tendinite due à un effort trop intense). Si mon flair infaillible et mon bon sens légendaire ne trompent point ma truffe, je pencherai pour la deuxième solution. En effet, assurément, votre grand âge vous a rendu sage. Évidemment qu'il faut apprendre à être de bons moutons, tout bon chien ne saurait vous conseiller le contraire. Quoi de meilleur qu' un gigot rôti? Je ne pourrai pencher qu'en faveur de ma pitance favorite, cela va de soi… Nom d'un toutou, je ne sais ce que vous appelez «citoyen», mais je doute qu'il soit comestible, car dans l'Ouest, jamais je n'en ai rencontré ni même mangé. Sa chair ne doit pas être aussi tendre que celle du mouton tourné à la broche. Si je puis me permettre, j'ajouterai même que le mouton doit être faisandé, les entrailles passées quelques mois au soleil, ce qui lui confère un fumet extraordinaire. Et si d'aventure vous trouviez quelques plumes et du goudron, vous verriez quel délice cela procure aux crocs… Aussi, je ne saurais vous conseiller d'autre idée lumineuse que de laisser votre collègue à ses citoyens insipides, pour vous consacrer à l'élevage de moutons. Foi de coyote, vous m'en direz des nouvelles. J'en ai les moustaches qui frétillent! Notre petite conversation culinaire m'a mis en appétit… Je m'en vais de cette patte à ma gamelle… Bien à wouf! Rantanplan |