G. Lison
écrit à

Rantanplan
| Cher Ran Tan Plan, Je vous écris pour vous féliciter de votre droiture et de votre intégrité en tant que chien policier et pour vous interroger sur la nature exacte de vos relations avec Jolly Jumper (oui le cheval du drôle de type qui court tout le temps après Joe Dalton). Jolly vous qualifie, je cite, «d'erreur de la Nature» de «sale cabot» et autres mots aussi doux et vous déteste ouvertement. Ne croyez-vous pas que c'est par pure jalousie? Que Jolly Jumper craint que Lucky Luke ne s'attache trop à vous? Lucky Luke a d'ailleurs souvent manifesté son attachement à votre égard, il vous fait la respiration artificielle (deux fois!) quand vous vous noyez dans le Rio Grande (Tortilla pour les Daltons) ou déclare punir impitoyablement celui qui vous ferait du mal (Les Daltons se rachètent). Jolly n'hésitera d'ailleurs pas à se coucher sur le sol (Ma Dalton) pour protester contre le traitement de faveur que son cow-boy vous octroya au cours de cette aventure (Lucky Luke vous prenait dans ses bras et vous conduisait chez le vétérinaire ou obligeait Jolly à vous transporter). Après tout Lucky Luke, c'est «son» cow-boy et vous êtes en quelque sorte un rival qui lui court entre les jambes au sens propre comme au sens figuré. Cette détestation chevaline est uniquement tournée contre vous et contre aucun autre ami ou ennemi de son maître. N'y a-t-il pas là preuve d'une rivalité affective, d'une volonté d'écarter un rival potentiel? Après tout , vous êtes le seul, en dehors des Dalton, à passer plus de temps avec le «Poor Lonesone cow-boy» que ne le ferait aucun homme, ni aucune femme d'ailleurs et l'avez escorté dans toutes ses plus périlleuses aventures. Vous lui avez même sauvé la vie quand Ma Dalton a tenté d'abattre Luke en duel! Ce qui est très courageux de votre part vu le caractère de la «Patronne» et de son horrible Sweetie. Enfin durant la psychienalyse que vous a fait subir le docteur Von Himmelcreusx (La Guérison des Dalton) vous avez prouvé votre intelligence supérieure en libérant Luke et laissé par là entendre souffrir davantage de confusion mentale que de sottise. Amicalement. G. Lison Ami G Lison, Waf! De quel verbiage inconnu usez-vous donc? Vos propos sont aussi clairs que le casier judiciaire de mon maître Joe, qui chante mes louanges jour et nuit. J'espère que vous ne m'insultez pas à mon insu, sinon je grogne et je vous mords le mollet entre deux siestes! Mon flair à toute épreuve saura retrouver votre trace car tous les cailloux du désert me sont familiers et je possède un sens de l'orientation exemplaire. J'ignore la nature de ce sentiment que vous nommez «jalousie», mais mon instinct incroyable me laisse imaginer qu'il est proche de l'affection. Vous parlez sans doute de ce canasson qui ne saurait pas retrouver une anguille dans un champ de cactus... N'est pas Rantanplan qui veut, hélas, et certains bavent d'envie de me ressembler (tandis que, de mon côté, je bave plutôt devant un bon rôti ou, à la rigueur, un gigot bien faisandé). Je pense qu'Averell tente d'égaler mon niveau de connaissances, et, même si ses QI* ne parviennent pas encore à la hauteur de mes pattes, il dépasse très largement Luke et son canasson blanc à crinière décolorée par l'eau de feu de cette espèce de poulet coloré que nous trouvons au milieu du désert. Quand vous dites d'ailleurs de ce dernier qu'il se couche sur le sol, c'est pour imiter la vitesse à laquelle je bondis sur l'ennemi... Mais son poids et son intelligence ne lui permettent pas d'obtenir des réflexes aussi rapides que les miens. Et puis, pas fou, quand Ma Dalton me dit «couché», je reste couché! Je n'ai jamais vu une fille de saloon aussi autoritaire que celle-là! Elle a dû éduquer mes clients du pénitencier à la danse, puisqu'il s'agit de leur activité favorite. Combien de fois ne les ai-je aperçus bouger au son de leurs paroles mélodieuses et au rythme qu'ils marquent grâce à leurs marteaux... leur museau fait d'ailleurs caisse de résonance. Quel orchestre, mon ami, vous devriez voir cela. Pour en revenir à notre propos, avant qu'il soit l'heure de ma cinquième pitance et de ma sixième sieste, je dois dire que les paroles de Jolly, que vous rapportez ici, sont plutôt élogieuses, et l'animal remonte dans mon estime! Peut-être l'avais-je mal jugé, le pauvre. Alors, effectivement, je crois qu'il est jaloux, étant donné qu'il me prête autant de qualités. Quant au drôle de type perché dessus, je vous avoue que je ne suis pas très physionomiste, je ne saurai vous aider à trouver son nom. Cependant, s'il tente d'attenter à la vie de mon brave maître, il connaîtra ma fureur, foi de toutou! Ma gamelle est prête, je vous abandonne. Bien à wouf! Rantanplan *quantités ingurgitées, NDLR |