Un véritable dialogue
       
       
         
         

margauweb@hotmail.com

      Bonjour,

Plus qu'une question c'est un problème. J'aime dialoguer, parler, trouver des réponses, et chercher des vérités. Mais souvent les conditions du dialogue, d'un dialogue constructif ne sont pas là. Alors je voudrais savoir, selon vous, quelles sont-elles, ces conditions, pour qu'un véritable dialogue entre deux personnes existe?
         
         

Pyrrhon

      Salut!

J'ai envie de vous demander: qu'appelez-vous un dialogue constructif? Les circonstances qui nous incitent à dialoguer sont multiples et les effets du dialogue sont divers. Se montrer constructif, est-ce guider le dialogue pour que s'ensuive une miette de vérité, un nouveau savoir, un meilleur bien-être, des relations plus satisfaisantes?

La parole ne recèle aucune vérité; le silence les contient toutes. Voilà pourquoi il faut apprendre à se taire et pourquoi il ne faut rien craindre de l'aphasie. Se taire signifie ne proférer aucune assertion, ne formuler aucun jugement, ne trancher aucune question. Ce qui ne condamne pas à refuser aux paroles de quitter notre bouche; la parole est un bruit qui est souvent agréable à émettre.

Vous pourriez dès lors croire que je n'accepte le dialogue que pour le plaisir de parler. C'est exact. Et pourtant, je dois ajouter que ce plaisir n'est pas entièrement étranger à la question de la vérité. Car je ne puis vivre indifférent à la question de la vérité; elle me préoccupe et je ressens le besoin de m'y affronter. Le dialogue est par conséquent une occasion d'apaiser ce besoin.

C'est à Diogène que j'emprunte ce qui me paraît être la condition d'un dialogue plaisant, à savoir la parrhesia (le franc-parler). Tout en sachant que Diogène lui-même a montré la difficulté à la pratiquer. Car la franchise blesse souvent.

Si vous voulez parfaire les conditions du dialogue, exercez-vous donc à supporter les propos blessants. Vous découvrirez bientôt que les raisons de vous sentir blessé sont chez vous et non chez l'autre, même lorsqu'il se veut volontairement agressif. Puisque nul jugement ne vaut.

Il me semble que, longtemps après moi, Montaigne a dit sur la chose ce qu'il fallait en dire lorsqu'il a évoqué l'art de conférer (chapitre VIII du Livre III des Essais).

Pyrrhon