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écrit à

   


Pyrrhon

     
   

Sens

   

Monsieur,

J'aimerais savoir ce que vous pensez si je vous dis:
«Je n'existe que par le sens que je donne à mon existence».

D'avance un grand merci pour votre réponse.

Florence




À Florence, Salut!

«Je n’existe que par le sens que je donne à mon existence.» Voilà une phrase qui frise la tautologie. Elle peut cependant être comprise de deux façons: ou bien elle exprime le constat désabusé et résigné de quelqu’un qui n’entrevoit pas comment échapper à la conception de l’existence que lui dicte le sens qu’il y voit; ou bien elle représente l’audacieuse affirmation que l’existence peut être tout ce que je choisis qu’elle soit au travers du sens que je lui reconnais. Dans le premier cas, la nature véritable de l’existence reste sans doute ignorée; dans le deuxième cas, elle est sans doute indéterminée, mais cette indétermination est garante de ma propre liberté. Vous me demandez probablement mon propre sentiment sur la question. Je vous avoue que je n’en sais rien. Et que je n’aperçois pas en quoi je pourrais souffrir de n’en rien savoir. Car si je devais déplorer ignorer ce que j’ignore, mes regrets seraient infinis et mon existence n’aurait d’autre sens que celui de cultiver les regrets. Fort heureusement, je n’ai pas de regret de ce genre. C’est sur cette absence de regret que je fonde mon équanimité.

Pyrrhon