La vérité impensable
       
       
         
         

jipeleon@hotmail.com

      Très estimé Pyrrhon, salut!

Marcel Conche -difficile, décidément, de passer à côté de cette belle figure- soutient que «La philosophie est la recherche de la vérité au sujet du Tout de la réalité et de la place de l'homme dans le Tout»... et, plus loin, «toute philosophie qui mérite ce nom est dite "métaphysique»...«qui n'est ni la recherche du bonheur ni recherche d'une sagesse qui serait possession de la Vérité, car posséder la Vérité est impossible; mais elle a condition une sagesse, car, sans une certaine sagesse, on ne peut se vouer à la recherche de la vérité».

Bien. Mais si la Vérité nous est à jamais inaccessible, si, malgré l'étude et le travail acharné elle est, jusqu'à la fin des temps et des hommes, au-delà de tout dévoilement, je vous pose la question, cher Pyrrhon, à quoi bon cette quête, cet entêtement? Et si, par extraordinaire, cette vérité venait à apparaître à un homme, un seul, le premier et le dernier, y survivrait-il?

Car elle ne peut être, n'est-ce pas, que dans l'absolu de l'au-delà de notre entendement...
         
         

Pyrrhon

      À Jean-Pierre L. Collignon, Salut!

Que la sagesse ne soit pas un but, mais plutôt un moyen, voilà bien quelque chose que je ne contredirai pas. Marcel Conche a bien raison d'insister sur le fait que le sage n'est en rien celui qui, ayant suffisamment philosophé, aurait atteint un haut degré de savoir.

Qu'il faille déjà être sage pour philosopher, pour se vouer à la recherche de la vérité, je n'en sais trop rien. Il me semble plutôt que mérite le nom de sage celui qui a permis à la vertu de le conduire jusqu'à l'ataraxie. Ce qui réclame du courage, notamment celui d'affronter la question de la vérité. Non pour la résoudre, mais pour inscrire sa vie à l'abri de l'erreur. Et qu'y a-t-il de moins erroné que d'admettre que nous ne savons rien et que nous ne saurons jamais rien, si ce n'est faire ceci ou cela «allumer un feu, aller sur la lune», toutes choses dont nous ne savons pas davantage pour les avoir faites que nous n'en savions avant de les faire.

Le «travail acharné» que vous évoquez ne devrait pas être un travail qui se destine à atteindre la vérité, mais bien un travail qui vise à permettre à chacun de trouver cet équilibre particulier qui réconcilie la pensée avec la vie. Il ne doit s'acharner qu'à cela et, dans cette seule mesure, ce ne peut être qu'un paisible acharnement dont chaque étape réduit sans cesse le nombre de choses qui méritent d'être dites. À tous ceux qui s'acharnent à accumuler du savoir (et qui ne font qu'accroître les savoir-faire), il serait bon de conseiller le repos, un repos qu'ils pourraient mettre à profit pour s'interroger sur l'utilité de chaque savoir-faire (il en est qui en ont) pour la vie, la vertu, le courage et l'ataraxie de chacun et de tous.

Quant à savoir ce qui adviendrait à l'homme qui accéderait à la vérité, je ne puis que rire de la question. Qu'arriverait-il si le Tout était tout autrement que ce qu'il est?

Pyrrhon