De l'euthanasie |
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| Salut à vous, Phyrrhon! Tout d'abord, merci de votre réponse, qui me satisfait assez. Mais je voudrais y revenir par un autre biais. Vous me dites qu'il «faudrait peut-être admettre que le vivre et le mourir sont même chose». Permettez-moi de faire la différence entre mourir et être mort car il ne me semble pas que ce soit là la même chose. Avant que d'être mort il faut inévitablement et inéluctablement mourir; c'est le passage, les conditions de ce passage-souffrances intolérables ou mort paisible- qui est absolument inimaginable et là, me semble-t-il, est l'angoisse à laquelle sont confrontés la plupart d'entre nous. Se pose enfin, en France, à la suite de la mort de Vincent Humbert, décidée et provoquée par l'équipe soignante, assumée publiquement par le docteur Frédéric Chaussoy, la question de l'euthanasie ou du choix de la manière de mourir quand ce choix peut se poser. Cher Pyrrhon, ce débat, qui devra avoir lieu, qui aura lieu bientôt, est-il un débat éthique ou moral, concerne-t-il la philosophie et si oui, quelle part y prendriez-vous le cas échéant? |
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| Ce que je voulais dire en affirmant que le vivre et le mourir
sont même chose, c'est que l'on meurt déjà en naissant, comme
d'ailleurs à chaque instant de notre vie. Ce mourir particulier qui consiste
à passer de vie à trépas ne serait alors qu'un moment du mourir,
qui ne le clôt même pas. Mais cela ne nous dispense effectivement pas
de nous interroger sur ce que le langage commun appelle mourir, à savoir cet
instant qui commence la mort. La pensée réflexive dont l'homme use est sans doute un atout dans la manière dont celui-ci peut s'adapter à son environnement (quoique!). Mais elle a le désagréable effet d'amener l'homme à anticiper bien des choses, parmi lesquelles ses souffrances et sa mort. Craindre une souffrance, c'est l'anticiper; c'est donc souvent souffrir deux fois. C'est même quelquefois souffrir d'une chose qui, en se réalisant, n'entraînera pas de souffrance, car il est des craintes injustifiées. Heureux qui ne craint pas la mort. Aurait-il tort, en effet, de ne pas la craindre qu'il n'aurait alors qu'à la souffrir une fois, et non mille. Vous m'interrogez à propos de l'euthanasie, et vous me demandez s'il s'agit d'un débat éthique, moral ou philosophique. Mais enfin, de quoi parlons-nous? Si vous posez la question de savoir si chacun a le droit de mourir à l'instant qu'il choisit, je n'aperçois pas comment il serait possible de justifier l'interdit social du suicide (même lorsqu'une autre personne aide à son accomplissement). Bien sûr, tout être qui décide de se suicider est confronté à un problème moral évident: puis-je imposer cette perte à mes proches et connaissances? Mais il emportera question et réponse dans la mort s'il persévère dans sa résolution. Si vous posez la question de savoir si quelqu'un peut aider une autre personne à mourir, le problème ne se situe plus dans le champ de la morale, mais bien dans celui de l'organisation sociale la plus pratique. Car il relève de l'organisation sociale que soient le plus clairement identifiés ceux qui tuent autrui contre son gré. D'où ce dilemme: proclamer haut et fort que chacun peut aider autrui à mourir, c'est évidemment donner l'occasion à des menteurs d'être en outre des assassins; interdire toute aide au suicide, c'est laisser désarmés ceux qui souhaitent mourir et n'ont pas les moyens d'accomplir leur voeu. J'ignore quel parti choisir. Si j'étais personnellement confronté à une situation d'euthanasie, je n'aurais sans doute que peu d'hésitation sur l'attitude que je devrais moralement adopter. Mais quant à dire quelle règle la société devrait édicter pour ces cas, je n'en sais fichtre rien. Pyrrhon |