Le pardon |
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| Cher Petit Prince, J'ai pour toi une grande question que je m'empresse de te soumettre, elle concerne le pardon. Que réponds-tu, toi, à la personne qui dit: «J'ai pardonné, mais je n'ai pas oublié.» Personnellement, je suis en désaccord avec cette réflexion, car je crois que «pardon et oubli» vont de pair. Moi si je pardonne, c'est dire que j'oublie l'offense qui m'a été faite, j'efface tout et je continue. Il me semble que c'est cela le véritable pardon, le pardon sincère. Si la personne avance qu'elle n'a pas oublié, c'est peut-être parce qu'elle a gardé en son coeur une rancune laissée par le goût amer de l'offense... Car sitôt que le fameux MAIS, cette conjonction douteuse est utilisée, dès lors il y a opposition. Je crois cela, moi. Toi, qu'en penses-tu Petit Bonhomme? Songeusement, Cupidon |
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| Dis, Cupidon? La mémoire! À quoi sert-elle? Si tu avais oublié, viendrais-tu me parler de ta peine? À quoi sert la mémoire sinon à se rappeler! Tu n'effaces rien, je l'ai vu dans tes phrases où l'immense peine court dans tes mots qui refusent de se taire. «J'oublie l'offense qui m'a été faite, j'efface tout et je continue!» Cette phrase est comme un grand cri, une plainte qui pleure depuis le premier mal que ton ami t'a fait! Pardonner ce n'est pas oublier! Je ne peux oublier ma rose parce qu'une partie de mon intelligence, qu'est la mémoire, refuse d'oublier ma rose. C'est comme ça! Je refuse de me laisser égratigner par les épines de ma rose! Je visite d'autres planètes. Si le pardon fait partie de mes valeurs morales, je peux lui pardonner sa vanité, ses caprices. Quand j'ai quitté ma rose pour aller vers d'autres amis, sa voix tremblait un peu... pour me mettre dans mon tort, mais dans sa fierté, elle a bien relevé la tête, elle a accepté les courants d'air et les chenilles pour voir des papillons. Cependant, je devine qu'elle a pleuré. C'est bien de laisser s'en aller la peine avec les pleurs. On se console toujours! Tu vois, Cupidon! Pardonner, c'est une chose! Oublier, c'est une autre chose! Maintenant, que j'ai jasé avec toi, je ne pourrai plus t'oublier. Tôt ou tard, ma mémoire me ramènera ton souvenir! Tu seras comme une étoile dans ma nuit! Je n'aurai qu'à regarder le ciel pour me rappeler que toi aussi, tu sais sourire sans qu'une grande peine traîne derrière tes yeux parfois si tristes. Quand ta peine aura assez pleuré, reviens, Cupidon! À bientôt, Cupidon! Le Petit Prince |