La mort
       
       
         
         

hpsepacool@yahoo.fr

      Bonjour Petit Prince.

Ma missive va sûrement te surprendre. Il paraît même que je n'existe pas vraiment, que je ne suis qu'une idée. Mais il me plaît de me croire réel, moi.

Voilà, je voudrais savoir pourquoi il t'a fallu passer chez moi pour partir de la Terre? Pourquoi, comme certains, n'es-tu pas simplement disparu au loin?

Ce fut bien triste. Tu es ma victime préférée, savais-tu? Sans doute pas. Je suis méconnu. Personne ne m'a apprivoisé, moi. C'est peut-être pour ça que je t'écris.

Pour que tu m'apprivoises.

Mortellement,

La Mort

 

       
         

Le Petit Prince

      Bonjour Jdan,

Je sens un plaisir morbide dans le ton de ta voix? Dis? Je me trompe, hein? Tu es bien la seule «mort» à penser que personne ne t'a apprivoisée. Les grandes personnes se donnent des droits sur les enfants et sur ceux qu'ils ne connaissent pas vraiment.

Tu crois me faire peur? Je ne suis pas ta victime! Je ne suis la victime de personne! Je ne te donne aucun droit sur moi. Je crois que c'est toi qui a peur de la mort. Es-tu déjà passé si près de mourir pour que tu en aies une aussi grande frayeur? Si c'est le cas, ne crois-tu pas que c'est pour toi le moment de l'apprivoiser cette mort inévitable? La tienne! Tu verras que tu auras assez de t'occuper de la tienne sans te préoccuper de celle des autres! Je ne peux rien pour toi.

Quant à moi, Jdan, je ne suis pas de la terre! Un jour, mon «étoile» se trouvera juste au-dessus de l'endroit où je suis tombé sur la terre... Tu regarderas, la nuit, les étoiles. C'est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C'est mieux comme ça. Mon étoile, ça sera pour toi une des étoiles. Alors, si tu m'aimes, tu aimeras regarder les étoiles. Elles seront toutes tes amies. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai... Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd. Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces...

De toute façon, je ne suis pas encore parti vers mon étoile, tu le vois bien, je te parle! Oh! Les grandes personnes...

N'oublie pas, c'est à toi d'apprivoiser ta propre mort!

Le Petit Prince
         
         

hpsepacool@yahoo.fr

      Ah, Petit Prince, pourquoi es-tu si méchant? Tu vois, toi aussi tu crois que je n'existe pas. Cela me fait tellement de peine, de voir que l'on me déteste et que l'on a peur de moi. Je n'ai pas demandé à exister, moi. Je croyais que toi au moins tu aurais un peu de condescendance avec moi.

Tu ne te souviens même pas de moi. Tu crois que si tu m'avais croisé tu ne serais plus là pour le dire? eh bien c'est faux. Rappelle-toi le mur, le serpent, l'éclair dans le sable. C'était moi tout ca. Ce n'est pas parce que je fais mon travail que je suis méchant!

Comme je te vois cruel! J'espérais un mot gentil de toi. Pourtant j'ai essayé de ne pas te vexer, et vois comme tu me repousses. Tu sais, je suis tellement seul à faire cette tâche ingrate et pourtant nécessaire. C'est le mot victime qui t'effraie? Si tu veux je peux dire «client», ou «passager».

Mon nom et mon apparence répandent la terreur. Toi, ça ne t'es jamais arrivé, ce genre d'ennui. Tu es tellement mignon. Je sais, tu me crains. Tu ne veux pas que je vienne chercher ta rose. Je te comprends. Tout le monde est comme ça! D'ailleurs ce n'est même pas moi qui décide! Mais regarde: je te suis bien utile, quand il s'agit des baobabs!

Ah, et puis quand tu parles de plaisir morbide. Ça m'énerve! Ce n'est pas parce que des illuminés sadiques trouvent judicieux de me vénérer, que je dois en subir les conséquences, non?

Hier soir j'ai regardé les étoiles en pensant à toi. Je me suis demandé ce que tu allais bien pouvoir répondre. J'ai été déçu...

J'espère que je ne t'ai pas trop troublé et que tu me répondras quand même.

Mortellement,

La Mort - incomprise et solitaire
         
         

Le Petit Prince

      Bonjour la Mort!

À quoi ça sert d'écrire des mots à quelqu'un s'il ne prend pas la peine de comprendre le message? Je ne suis pas mort, je te parle...

Tu es un baobab sur ma planète!

C'est une question de discipline. Quand on a terminé sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la planète. Il faut s'astreindre régulièrement à arracher les baobabs dès qu'on les distingue d'avec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes. C'est un travail très ennuyeux, mais très facile.

Le Petit Prince