Vous et votre mère Gladys
       
       
         
         

darcy.alex@caramail.com

      Vous et votre mère Gladys

Elvis, vraiment je suis enchantée! Je suis depuis 1977 une grande fan. Merci pour ce que vous m'apportez comme plaisir et chaleur. J'aimerais vous poser quelques questions au sujet de votre mère Gladys. Si vous n'y répondez pas, je comprendrai.

Comment avez-vous appris son décès? De quoi est-elle morte? Comment avez-vous surmonté le chagrin? Merci Elvis.

Alexandra

 

       
         

Elvis Presley

      Hello Alexandra,

Je suis heureux de pouvoir encore apporter de la joie. Ma carrière et raison d'être ont toujours été basées sur cela. Oui, au sujet de ma maman, je peux aujourd'hui en parler, cela fait si longtemps. Nous étions très très proches l'un de l'autre; elle était ma maman, mais aussi mon amie, ma soeur, ma confidente; elle était tout pour moi. Avant que ma carrière ne débute et chamboule notre vie, nous étions très pauvres, ma mère travaillait dans un hôpital comme fille de salle, et le soir elle faisait des ménages. Face à la misère de notre existence, je lui ai dit un jour (je crois que j'avais 10 ou 12 ans) «Un jour, maman, j'arrangerai cela; tu n'auras plus besoin d'aller travailler!»; elle m'a souri et ne m'a jamais enlevé sa confiance; elle croyait en ma réussite plus que je n'y croyais moi-même! Quand je suis devenu riche et célèbre, j'ai pu immédiatement lui offrir ce qu'il y avait de plus beau: des bijoux, des manteaux de fourrure, des vêtements, une maison et même une Cadillac rose! Quel plaisir, je m'en souviens comme si c'était hier!

Quand je lui ai fait visiter Graceland que je venais d'acheter, elle n'en croyait pas ses yeux et ne croyait pas pouvoir y demeurer. J'ai dû la convaincre que c'était à présent sa maison à elle, et qu'elle allait avoir des domestiques! Je crois qu'elle ne l'a jamais vraiment accepté! Malheureusement tout ce luxe, ma carrière, les fans, l'argent et la célébrité, elle ne s'y est jamais faite! Au point qu'elle en avait peur, et ne dormait plus la nuit.

Pour les photographes qui la mitraillaient tous les jours, elle voulait paraître belle, plus mince; pour me faire plaisir! Sans que je ne le comprenne, elle était tombée dans une grave depression due à sa nouvelle vie, commença en cachette à prendre des médicaments pour maigrir, et comme elle était toujours très nerveuse à cause de la folie qui entourait ma carrière, elle s'est mise à boire... beaucoup!

Puis elle tomba malade nerveusement au point que j'étais obligé de la faire surveiller par des médecins; mais il était trop tard. J'avais mes concerts, la route, mes interviews, la télé, le cinéma, mes disques, mes fans, je n'étais pas assez auprès d'elle. Combien de fois ne l'ai-je regretté! Quand elle a su que j'allais partir à l'armée, elle s'est littérallement effondrée. Elle ne voulait pas que je parte, que «son bébé la quitte»! C'était une période très difficile pour nous!

Alors que je me trouvais à Fort Hood dans le Texas au camp militaire pour faire mes classes, j'avais loué une maison pour elle et mon père non loin du camp, pour être le soir avec elle. Puis une nuit, elle s'est sentie mal et on n'a dû la faire hospitaliser au Baptist Memorial Hospital à Memphis. La nuit suivante, le 14 août 1958 elle mourrait d'une crise cardiaque. Elle avait 46 ans.

Quel chagrin! Mon dieu quel chagrin! Je voulais aller avec elle, la suivre! À l'époque personne ne comprenait mon chagrin, même pas mon père. Je voulais tout arrêter, je me sentais et me suis senti longtemps responsable de sa mort. Sans ma carrière, l'argent, rien ne serait arrivé; elle aurait été heureuse avec sa petite vie! J'ai cru lui rendre la vie plus agréable, plus jolie, mais en fait, au fond d'elle même, elle refusait tous ces cadeaux, ce luxe, les maisons, les voitures, les bijoux! C'était une femme simple, sans manières, et moi j'ai voulu qu'elle devienne une dame et qu'elle soit heureuse, qu'elle puisse profiter de la vie.

Vous comprenez, Alexandra?

Pendant des années et des années je m'en suis voulu, je voulais mourir pour la rejoindre là-haut! Du jour au lendemain je me suis trouvé seul. Ma mère n'était plus là pour me consoler, me guider et me donner cette affection dont j'avais besoin. Je me suis mis alors à travailler comme un fou et à faire un peu n'importe quoi pour essayer d'atténuer mon chagrin. Professionnellement ce fut une grande période, mais sur le plan personnel ce fut affreux et désolant! Même Graceland ne m'intéressait plus; tout ce que j'ai réalisé par la suite fut pour mes amis et non pour moi; j'avais perdu le gout de vivre, de chanter, et de jouer. C'était extrêmement pénible pour moi.

Dans les années 60, j'ai essayé de m'étourdir les idées avec Hollywood et tous ces films, mais je revenais sans cesse sur l'idée de mort et de culpabilité. Tout ce que j'avais fait, c'était pour elle, pour la sortir de notre misère et pour qu'elle soit fier de son fils, et une fois ma mère morte, je n'avais plus aucune raison de continuer. Tout était devenu inutile! J'ai voulu, beaucoup de fois, arrêter ma carrière, mais je représentais tellement d'argent pour tous ces gens qui travaillaient pour moi et avec moi, que c'était impossible! J'avais encore mon père, ma grand-mère, mes tantes et oncles à nourrir, sans parler de tous mes amis, je ne pouvais pas tout arrêter du jour au lendemain, que seraient devenus ces gens?

Ok Alexandra, je t'embrasse très fort.

EP Graceland-Mansion, Elvis-Presley bvld, Memphis-Tennessee. TCB