Jésus de Nazareth
       
       
         
         

N.Turgeon@addition2000.COM

      Ave! Pontius Pilatus,

Encore une question pour toi au sujet de ce soi-disant prophète dont la mort et surtout la résurrection auront jeté les bases d'un empire religieux maintenant bi-millénaire. Si la crucifixion était, à ton époque, si courante que la mise à mort d'un personnage au potentiel politique si troublant ne laisse sur ta mémoire aucune trace que faut-il penser de l'efficacité de ce châtiment à décourager le crime? De toute évidence le crime, tel que le percevait l'empire, ne diminuait pas en fonction de cette multitude de crucifiés. Alors à quoi bon? Et notre société, où plusieurs réclament la peine capitale, serait-elle sage de s'y adonner plus librement, à cet ultime châtiment?

Longue vie à toi Pilatus!

 

       
         

Ponce Pilate

      Ave!

La crucifixion est excellente pour prévenir le crime. Je n'ai jamais vu un crucifié récidiver. Même si les Judéens font ressusciter plusieurs messies, aucun d'entre eux n'a jamais commis, une fois ressuscité, de crime autrement que dans leur imagination.

Par ailleurs, la crucifixion est une honte terrible pour la famille des condamnés. Elle ne rend pas les imbéciles plus intelligents, mais elle est un châtiment très efficace. Ta suggestion de faire diminuer le crime me paraît curieuse. Pour diminuer le nombre de crimes, il faut diminuer le nombre d'hommes. La croix n'a pas pour but de réguler la population, mais de châtier les criminels.

Ta société n'use plus de cette punition à ce que je comprends. Quelle est donc la façon de mettre à mort les condamnés? Je ne saisis pas ton allusion à la fréquence du châtiment. Les cas d'exécution ne sont-ils pas codifiés?

Que Jupiter te protège!

Pontius Pilatus, Praefectus Iudaeae
         
         

N.Turgeon@addition2000.COM

      Ave, Préfet!

Merci de ta réponse. La simplicité de l'équation selon laquelle il faut diminuer le nombre d'hommes pour diminuer le nombre de crimes ne s'applique plus dans certaines sociétés modernes. Ici nous préférons ne pas exécuter mais plutôt emprisonner. Durant son emprisonnement peut-être le criminel verra-t-il l'erreur de ses actes et en ressortira-t-il changé! Nous tentons d'éduquer et de réhabiliter. Pour certains le châtiment à la mesure du crime est inefficace. Que penses-tu, Préfet, de la notion du châtiment qui dépasse le crime? Serait-ce, à ton avis, une façon efficace de créer un exemple qui découragerait le crime?

Que les dieux te sourient, Préfet!
         
         

Ponce Pilate

      J'ai relu ta lettre plusieurs fois. Puis, hier, alors que je me lavais les mains après avoir condamné un autre de ces gueux dont j'ai la gouverne, j'ai eu une intuition. Ton idée est peut-être que le crime se soigne comme une maladie? Ni les prisons ni les galères ne sont supervisées par des médecins. Un crime est un geste irréfléchi ou un manquement à l'ordre (ou aux ordres). Le châtiment en est la sanction. Il ne vient pas avant, mais après. C'est la réponse de l'ordre au désordre. C'est tout.

Je te laisse pour recevoir des producteurs d'huile d'olive. Ils se plaindront de la concurrence grecque. Le grand empire qui règne sur ton monde produit sûrement des quantités extraordinaires de cet élément essentiel.

Ave!