Anaïs
écrit à

   


Philippe IV Le Bel

     
   

Votre famille

    Votre Majesté,

C'est pour moi un immense honneur de pouvoir vous écrire. J'aimerasi vous poser quelques questions sur votre famille:

Comment vous entendiez-vous avec votre père Philippe III?

Sa seconde épouse Marie de Brabant a-t-elle été une seconde mère pour vous?

Quelles étaient vos relations avec vos frères et sœurs?

Que pensez-vous de l'étrange mort de votre frère aîné Louis en 1276? Selon certains, il aurait été empoisonné après avoir bu un verre d'eau.

Mes respects,

Anaïs


Anaïs,

Sachez que nous avons été éduqué par l'aumônier de feu nostre père, Messire Guillaume d' Ercuis. Ce précepteur nous apprit le latin mais nous transmit surtout le goût de l'étude.

Les liens au sein de nostre fratrie étaient forts. Entre les divertissements avec Louis, Robert et Charles et les manuscrits, nostre choix allait à ces derniers, au grand dam des premiers. Hormis le futur comte d'Evreux, nous n'appréciions guère les filles de Marie. Quant à nostre aisné Louis, il est vrai qu'il fut empoisonné et qu'il tomba après avoir bu. Nous pensons que Marie de Brabant, guidée par son ambition démesurée, fut la commanditaire de cet acte immonde. Cela afin de placer son fils Louis d'Evreux sur le trône de France, bien sûr après nous avoir fait éliminer, ainsi que nostre cadet.

En l'absence de preuves, ni le pauvre La Brosse qu'elle a fait accuser (alors qu'il n'avait aucune raison de commettre ce crime), ni nous-mesme n'avons pu faire condamner cette furie. Elle vit d'ailleurs encore, retirée de nostre vue, dans un couvent près de Meulan. Dès lors, inutile de vous dire qu'elle fut toujours froide et distante à nostre égard. Quant à nostre père, nous devons avouer que la gouvernance de l'État, ainsi que ses campagnes répétées pour étendre les frontières du Royaume, nous ont empêché de l'aimer tel que nous l'aurions voulu. Mais il fut toujours bon envers ses enfants. Vous auriez eu grand-peine à le voir à l'annonce du trépas de Louis. Ce jour là, avant d'être Roy, il était homme. Un homme grandement marri, prostré, contrit.

Nonobstant, les cérémonies funèbres terminées, il sut se remettre en selle, si vous me permettez l'expression. Il le fallait. Pour le Royaume.

Faites-moi maintenant le plaisir de méditer cela: les Rois ne vivent pas leur propre destinée, sinon celle de leur Royaume. Ainsi, ils peuvent paraître de marbre ou de fer aux yeux de leurs sujets. Mais soyez sûre, dame Anaïs, qu'ils les considèrent comme leurs enfants, et leur ôteraient toute souffrance s'ils le pouvaient.

S'il n'en est ainsi c'est que Dieu -et vous le savez fort bien- ne permet pas aux hommes d'aller au Paradis sur un lit de plumes.

Le Roy vous salue.

Philippe IV, rex DG.


Votre Majesté,

Merci pour cette réponse si rapide. J'ignorais que vous aviez un frère nommé Robert. Après quelques recherches, j'ai effectivement trouvé qu'il était né en 1269. Quand est-il décédé?

De quoi votre mère, Isabelle d'Aragon, est-elle décédée en Calabre? Que faisait-elle si loin de la France à ce moment?

Mes respects,

Anaïs


Dame Anaïs,

Nostre cadet Robert est mort en l'an de grâce 1276, peu après le trépas prémédité de Louis. Le Roy en fut grandement marri.

Quant à nostre mère, elle mourut bien en Calabre le 28 de janvier, an 1271. Pourquoi était-elle alors si loin du Royaume? La reine chuta de cheval, alors qu'elle rentrait de Tunis où elle accompagnait nostre père dans le cadre de la dernière croisade, qui devait se terminer tragiquement par la mort de Saint Louis, nostre bien aimé grand-père. Il souhaitait convertir le sultan au christianisme, pour le dresser contre celui d'Égypte. Cela avant de partir délivrer la Terre sainte retombée aux mains des infidèles. Nous espérons bien avoir hérité de son tact diplomatique, mais surtout de sa pieuse ferveur.

Comme vous paraissez fort intéressée par nostre auguste dynastie, sachez qu'il est mort de la peste, bien que certains affirment que ce fut la dysenterie.

Nous vous quittons avec le souhait de votre souci tant des vivants que des trépassés.

Anaïs, le Roi vous salue.

Philippus IV scripsit.


Votre Majesté,

Votre frère Robert aurait-il lui aussi été victime de Marie de Brabant?

Pensez-vous que votre fils aîné, Louis, fera un bon roi? Il semble que vous ayez une préférence pour votre second fils Philippe. Regrettez-vous qu'il ne soit point l'aîné pour vous succéder?

Mes respects,

Anaïs


Dame Anaïs,

Sachez que nostre cadet mourut d'une maladie inconnue, suite à de violentes fièvres. Nous pensons que la Brabant ne fut pas impliquée. En effet, le procès contre La Brosse l'avait grandement émue et elle ne pouvait se permettre de refaire peser le soupçon sur elle.

Quant à Louis, il fut certes un enfant un peu fruste mais Dieu a décidé d'en faire nostre digne successeur et -bien que Philippe eût un esprit des plus vifs- nous nous résignâmes à ses Volontés impénétrables. Et l'envie pourrait me prendre de vous y contraindre... D'ailleurs voilà, c'est fait. En vertu de crime de lèse-majesté, tout sujet remettant en question de quelque manière que ce soit la légitimité de son Roi aura à répondre devant nostre justice, et ne devra attendre aucune pitié de nostre part.

Que le Seigneur ait toujours le Royaume de France en sa bonne garde.

Philippus IV, rex DG.