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Lucile
écrit à

Philippe IV le Bel


Roi de fer?


    Votre Majesté,

Comme beaucoup, vous suscitez chez moi un grand nombre d'interrogations et je profite de l'occasion qui m'est donnée de vous écrire afin de vous entretenir des sujets qui me hantent.

Surnommé le «roi de fer», vous avez toujours agi avec sévérité, rigueur; mais avez-vous toujours été juste? Et avez-vous souffert de cette image de roi de fer?

Quant à l'affaire des Templiers, je vous trouve bien cruel et j'avoue que le fait que vous ayez agi uniquement pour remplir les fonds me heurte profondément. Pourquoi avoir agi avec tant de cruauté, avec tortures et bûchers, si le but du procès n'était que de remplir les caisses du royaume? Ou pensiez-vous réellement servir Dieu en châtiant Molay et ses hommes?

Le point de vos relations humaines m'intéresse également. Qu'éprouviez-vous pour vos enfants, votre reine? Vos fils -excepté le compte de Poitiers- apparaissent comme faibles et falots, mais pensez-vous que si vous aviez été autrement qu'un homme de fer ils auraient été meilleurs? Les aimiez-vous malgré leurs tares?

En fait, en remontant le fil de mes questions je me rends compte que vous avez toujours fait passer le devoir avant le reste et à mon époque cela paraît difficile. À la vôtre je sais que c'était une nécessité mais comment l'avez-vous vécu, sincèrement?

J'espère que votre Majesté me fera l'honneur d'une réponse.

Respectueusement,

Lucile

Lucile,

Vous nous demandez si nous avons toujours été juste dans nos décisions, et répondons à cela que nous avions toujours tenté de l'être, et si vous ne pouvez le reconnaître, c'est que vous ignorez les intérêts du royaume, qui priment sur toutes autres considérations.

Nous ne voulons pas ratiociner avec vous, chère dame, mais croyez-vous réellement que nous avons dû éradiquer le Temple pour acheter du fermail à notre famille? Ou bien était-ce pour «servir Dieu?», nous demandez-vous. Vous saurez au moins leur principal péché, véritable insulte pour Notre Seigneur, pour l'Église et pour nous qui hébergeons en notre royaume de tels impies. Oui, le reniement du Christ Jésus et le crachat furent appliqués par les novices désirant intégrer l'ordre. En notre for intérieur -et que cela reste entre nous- nous pensons que ces damoiseaux, et même leurs supérieurs, n'adhéraient pas réellement à ces pratiques qui visaient à éprouver l'obéissance totale des premiers, tel un rite d'initiation, juste avant leur intégration. Nonobstant, cette marque indéniable d'apostasie une fois reconnue et acceptée par nos sujets, le crime devait être puni par l'Église, puis par notre justice pour les relaps. Et puis ignorer cet affront aurait été marque de faiblesse, et la porte ouverte aux hérésies récemment combattues. Par ailleurs, cette spoliation a rempli le Trésor, mais en vue de protéger nos sujets. Entretenir des troupes coûte cher, mais pas tant que tous les amendements administratifs que nous avons dû opérer afin de moderniser le royaume, d'asseoir l'autorité royale, et, ce qui nous est maintenant le plus cher, de soulager les souffrances du peuple -à l'instar de notre illustre aïeul- du moins autant que les finances le permettent. Vous retiendrez ainsi que les persifleurs qui nous disent de fer ignorent les rouages de l'État, certes, mais aussi notre sincère bienveillance -que nous n'avons pu exprimer aussi souvent que nous le souhaitions- envers notre peuple.

Croyez bien que, maintenant que nous sommes en fin de vie, rien ne nous effraie davantage que de laisser à la postérité une sombre image de notre règne.

Quant à mes fils, nous avons déjà répondu à cette question, et obliger votre vieux roi à se répéter le vieillirait d'une année! Nous vous dirons seulement que nous acceptons en cela les voluntates Dei qui, comme chacun sait, impenetrabiles sunt.


Dame Lucile, le roi vous salue.
Philippe IV, Rex francorum DG.
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