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clebail@sympatico.ca |
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Ton histoire |
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| Salut Bonnie, Je constate que je suis la première à t'écrire! J'espère que tu gardes le contact avec Dialogus. J'aimerais que tu me racontes tes origines et ta rencontre avec Clyde, ainsi que votre brève vie commune. Je suis assurée que ton histoire est infiniment plus passionnante que celle de cette actrice pleurnicharde (Marilyn, une fille née une quinzaine d'années après toi) ou de ce fou en mal de publicité d'Oswald (il a tué un président américain). Pour ce qui est de ton savoir-faire, il ne me serait pas d'une grande utilité. Je crois qu'aujourd'hui, on braque les banques par ordinateur! Je me fais l'idée de toi d'une fille vivante, intelligente, probablement drôle et en rébellion (tu apprécieras ma perspicacité!) avec son époque. Tu as peut-être entendu parler des suffragettes anglaises. OK, elles étaient bourgeoises, mais elles sont à l'origine d'un mouvement de mon époque que tu n'aurais pas renié et qui s'appelle le féminisme. J'espère que tu ne me trouves pas trop présomptueuse? Dans l'attente d'une réponse, Claire Le Bail Chère Claire, Votre courrier me ravit! Tous vos compliments sur ma personnalité me touchent beaucoup, vous avez su voir juste en moi! Vous souhaitez en savoir un peu plus sur mes origines? Je vais tenter de vous éclairer un peu. Je suis née au Texas, à Rowena pour être précise. Mon enfance a été simple, faite de petits bonheurs et de grandes misères! À 16 ans, pour échapper à cette vie monotone, j'ai épousé mon amour d'enfance, mais notre union n'a pas duré, car il a été emprisonné peu de temps après. C'est heureux, vous en conviendrez, sinon je n'aurais jamais rencontré Clyde. D'ailleurs, je l'ai connu un soir, alors que je me dirigeais vers ma voiture; il était là essayant de la voler. Je l'ai alors interpellé, il m'a souri en s'excusant, et je suis tombée sous son charme. Nous ne nous sommes plus quittés; je vis avec lui des moments merveilleux, même si parfois j'aimerais être dans ma maison avec lui, savourer un dîner sans avoir peur que la police ne me l'enlève. Mais notre vie est faite ainsi, nous avons refusé d'entrer dans la ronde! Car il n'y a rien de mieux que ce sentiment de liberté que je ressens quand nous parcourons des kilomètres à bord d'une voiture, tout comme ces poussées d'adrénaline qui s'emparent de nous quand nous sommes poursuivis par la police ou que nous rentrons dans un magasin ou une banque pour voler l'argent! Chaque seconde compte pour nous! Nous vivons le moment présent, car il peut être à chaque instant le dernier! J'aimerais beaucoup que vous me parliez de ce mouvement que vous appelez le féminisme, a-t-il un rapport avec les femmes? Êtes-vous, vous-même, partisane de ce mouvement? Portez-vous bien! Bonnie Salut Bonnie, Tu me demandes ce qu'est le féminisme? Le dictionnaire dit: «doctrine qui préconise l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société». J'ai cru que tu serais d'accord, et bien sûr que j'y adhère. Mais parlons plutôt de toi. Je connais bien peu de choses à ton sujet. Pourtant, on a réalisé 3 films relatant tes exploits avec Clyde et le «Barrow Gang». Le peu que j'ai lu à ton sujet me donne l'impression que tu vis en plein Far West, où les armes sont des objets d'utilité courante. Bien que ton style de vie ne soit pas à la portée de toutes, la criminalité semble faire partie de la vie quotidienne. Ta famille semble importante, ta mère, ta soeur Billie Mace et ton frère Hubert. Que pensent-ils de la tournure qu'a pris ta vie? On dit qu'à l'école les autres enfants redoutaient tes colères, que tu devenais facilement tyrannique. J'aimerais connaître tes raisons. Raconte-moi l'évasion de Waco. N'as-tu pas hésité à prendre tous ces risques pour aider Clyde? S'il te plaît ne me parle pas d'amour, mais dis-moi plutôt tes véritables motivations. Je voudrais ta version de la poursuite qui suivit le braquage de Joplin. Était-ce la première fois que vous tuiez? Et quelle impression cela fait? Les petits résumés que j'ai lus donnent à penser que vous braquez et tuez sur le coup de l'impulsion, comme si vous ne prépariez pas vos opérations. Qu'en est-il vraiment? Et les médias dans tout ça? On dit que tu n'es pas d'accord avec ce que les journaux racontent à votre sujet. Au moment où je te rejoins, avez-vous déjà braqué la First State Bank d'Kookaburra? Tu vois, j'ai beaucoup de questions pour toi. Tu n'es pas obligée d'y répondre dans une seule lettre mais je compte sur toi pour avoir toute l'information. Merci de me répondre, Claire Claire Le Bail Claire, Excusez-moi de ne pas avoir pu vous répondre plus tôt, mais j'étais très occupée, la vie avec Clyde n'étant pas de tout repos! Il est vrai que ma famille est importante pour moi, mais elle a assez de problèmes comme ça, et tous n'ont pas le temps de s'occuper des miens. Et quand bien même ils le feraient, je ne les écouterais pas; je mène ma vie comme je l'entends, on n'en a qu'une! Il ne faut pas se laisser influencer, ne laissez personne vous dire ce que vous devez faire! En ce qui concerne l'évasion de Clyde, je n'ai pas pris autant de risques que vous le pensez, je l'ai simplement aidé en lui fournissant des armes, qui sont un véritable tremplin vers la liberté! Je suis contrariée que vous pensiez que je n'ai pas fait ça par amour; c'est pourtant le cas, même s'il est vrai que ce n'est pas un amour commun, mais plutôt passionné, obsessionnel et destructeur. Ma version de la poursuite? Il y en a eu tellement et tout se passe si vite que mon esprit est embrouillé. Mais que vous en a-t-on dit? Je peux vous parler de mes sentiments pendant ces moments-là, une certaine peur mélangée à de l'excitation; comme je vous le disais précédemment, c'est une véritable poussée d'adrénaline. Mon coeur en bat encore. La première fois que nous avons tué un policier, nous ne l'avons pas regretté, je sais que lui et ses collègues faisaient leur travail, mais ils voulaient nous empêcher d'accéder à notre rêve. Par contre, notre première victime civile nous a beaucoup affectés, car même si elle avait voulu jouer les héros en voulant nous empêcher de voler, elle n'aurait peut-être pas mérité ça, mais nous n'avons pas le droit à l'erreur et les obstacles doivent être éliminés! En ce qui concerne les médias, ce ne sont que des ramassis de mensonges. Les médias ne nous comprennent pas, ne croyez jamais ce qu'ils disent. On vous manipule! Et sachez que je suis tyrannique uniquement envers les gens qui le méritent, en l'occurrence tous ces enfants, mes soi-disant camarades de classe, qui se moquaient de ma famille parce que nous étions pauvres; ils se devaient d'être punis! À propos de la banque dont tu me parles, ce n'est pas une information que je peux divulguer, vous pourriez nous piéger et appeler la police. Il ne faut faire confiance à personne! Portez-vous bien! Bonnie P. Bien chère Bonnie, Ne te méprends pas sur mes intentions. Si je te demande des informations sur le braquage de la First State Bank de Kookaburra, c'est par curiosité. Crois-moi, si vous aviez déjà fait ce coup, tu ne t'inquièterais plus des conséquences. Et, de toi à moi, si je suis au courant de ce coup fumant. Et si vous êtes toujours libres, c'est signe que tu peux me faire confiance, non? Quoi qu'il en soit, je crois que la confiance pour toi c'est peine perdue, n'est-ce pas? D'ailleurs, à qui fais-tu confiance, à part Clyde? Et lui fais-tu vraiment confiance? Je n'ai jamais douté que ta première motivation à Waco fût l'amour. Ce que je voulais connaître, c'étaient tes autres motivations. Parle-moi de ce que la presse raconte sur vous. Qu'est-ce qui te met tellement en rogne contre les journaux? Les gens de la mafia laissent entendre que vous «discréditez la profession». Que veulent-ils dire par là? Claire Le Bail Chère Claire, Je fais confiance à ma famille, à Clyde et à mon mari Roy qui est en prison, mais c'est tout. Mes autres motivations? Je dirais l'appât du gain; si Clyde était resté en prison, je n'aurais jamais fait ce que nous faisons et je n'aurais jamais connu le sentiment de pouvoir et de sécurité que procure l'argent, beaucoup d'argent! Pour la presse, nous sommes des personnes bonnes à enfermer à l'asile, et ce qui me met en rage, c'est qu'ils ne nous comprennent pas - ils font de nous des monstres -, mais ce qui m'enrage le plus, ce sont les personnes qui achètent ce genre de journaux. Car les journalistes l'ont bien compris, le scandale fait vendre, ce qui prouve que les gens, inconsciemment, aimeraient vivre comme Clyde et moi! Les gens de la mafia sont jaloux! Ils pensent que nous sommes des amateurs, mais nous allons leur prouver le contraire! Bien à toi, Bonnie Parker |
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