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Anaïs
écrit à

Isabelle d'Orléans Bragance


Mariage d'amour ou de raison?


    Votre Altesse,

Vous faites partie de l'une des plus importantes familles de France et d'Europe, puisque vous descendez par votre père, Pierre d'Orléans-Bragance, du roi des Français Louis-Philippe Ier. Vous avez épousé votre cousin, le comte de Paris, Henri d'Orléans. Y avait-il des sentiments entre vous et votre mari ou était-ce encore un mariage politique décidé entre les différentes branches de la maison d'Orléans?

Je voudrais également connaître les relations que vous aviez avec votre soeur Marie-Françoise. De quoi est-elle décédée, à seulement cinquante-trois ans?

Sachez, Madame, que j'étudie depuis longtemps votre famille et que je ne m'en lasse pas. J'espère en apprendre davantage en correspondant avec vous.

Bien amicalement.

Anaïs

Chère Anaïs,

De retour à Paris, après quelques jours fort agréables à Eu, je trouve votre message auquel je m'empresse de répondre.

Il est évident que dans le milieu aristocratique dont je fais partie, bien des unions sont dictées par des intérêts d’héritages ou de connivences familiales. Ainsi, la famille d’Orléans et la mienne sont liées depuis des générations, comme vous le savez.

Durant notre adolescence Henri, mon cousin, et moi nous voyions souvent lors de vacances ou de réunions de famille. Dès le premier regard j'ai voulu, et su que j’unirais mon destin au sien, et je crois que ce coup de foudre fut réciproque. Cette alliance entre nos deux familles, l’une royale, l’autre impériale, contentant ainsi les monarchistes, nos parents et surtout nous-mêmes, était donc de plus auréolée d’un amour sincère.

Les larmes me viennent aux yeux à la pensée de ma chère et regrettée sœur Marie-Françoise. Que vous dire sur notre relation? Nous fûmes élevées ensemble, chéries par nos parents, faisant les quatre-cents coups avec mon frère Pedro dans les vastes couloirs de l’hôtel Lambert… Deux complices! Sa vie aussi fut bénie par un heureux mariage, avec l’héritier de la maison du Portugal. Elle me fut toujours précieuse par ses conseils et était chérie de tous. Hélas, le destin a voulu qu'elle disparût trop tôt!

Marie-Françoise reste dans mon coeur et, pourvu que les vivants conservent notre souvenir, je sais toutefois que l’on ne meurt jamais tout à fait…

Très sincèrement,

Isabelle, comtesse de Paris

Votre Altesse,
 
Merci grandement pour votre réponse. Vous avez entièrement raison, ceux qui nous ont quittés restent à jamais dans nos mémoires et vivent à travers nous tant qu'on ne les oublie pas. À ce propos, il y eut au sein de votre famille trois décès prématurés que je ne m'explique pas. J'aurais besoin de renseignements quant à l'origine de ces disparitions: votre fils François meurt à l'âge de vingt-cinq ans, votre dernier fils, Thibaut, comte de la Marche, décède à seulement trente-cinq ans. De son épouse Marion-Mercedes Gordon-Orr lui sont nés deux fils: Robert en 1976 et Louis-Philippe en 1979. De quoi ce dernier est-il décédé en 1980 à seulement huit mois? Quelles relations aviez-vous avec les soeurs de votre époux?
 
Respectueusement,

Anaïs

Madame,

Mes regrettées belles-soeurs, lors de notre jeunesse au manoir d'Anjou, chez mes beaux-parents le duc et la duchesse de Guise, m'offrirent une amitié précieuse. Nous nous connaissions fort bien auparavant et j'ai ainsi pu les mieux connaître et je garde d'excellents souvenirs de nos soirées où nous écoutions de la musique, jouions parfois quelques petites pièces de théâtre pour nous divertir… amusements d'une jeunesse d'une autre époque qui doivent vous paraître bien désuets maintenant.

Leur soutien, chaleureux et entier, lors de mon entrée dans cette grande famille me fut des plus utiles… particulièrement pour comprendre la personnalité si particulière d'Henri! La vie nous a ensuite menées sur des chemins différents mais le lien est resté très fort. Françoise nous a quittés trop tôt et notre maison s'est ouverte au jeune Michel, son fils, que nous prîmes sous notre aile. Hélas, votre lettre ravive également d'autres souvenirs… Aujourd'hui encore mon coeur pleure mes chers petits.

Mon pauvre François fut tué pendant la guerre d'Algérie. Bien pénible honneur, pour notre famille longtemps empêchée de servir sous le drapeau, que de voir l'un des siens verser son sang pour la France… Quant à mon si cher Thibaut, «P'tit beau» comme nous l'appelions, c'est une autre violence, celle d'un grave accident de la route, qui l'a arraché à notre affection. Il était guide dans une réserve d'Afrique. Comme moi il a toujours aimé la nature, la liberté. Sa disparition fut un choc immense et mon coeur reste déchiré à jamais. Avant lui son épouse a effectivement eu à déplorer la perte de leur enfant, le petit Louis-Philippe, emporté par une méningite.

Oui, de bien tristes souvenirs… Nul n'est préparé à la perte soudaine ou violente d'un être cher, qui plus est d'un enfant. Le Seigneur en a voulu ainsi, j'ai accepté cette épreuve et mon unique consolation est la certitude de les retrouver un jour dans le royaume de Dieu.

Bien sincèrement,

Isabelle, comtesse de Paris
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