Gérard Lison
écrit à

Jackie Onassis
| Chère madame J. Kennedy Onassis, C'est un grand honneur pour moi d'écrire à la plus prestigieuse épouse du plus sympathique président des USA. Je vous écris pour vous demander votre opinion sur les rumeurs bizarres qui courent selon lesquelles il existerait une mystérieuse malédiction poursuivant les membres du «clan» Kennedy. Ces rumeurs ont pris forme depuis l'horrible assassinat de votre époux John et n'ont cessé d'être répercutées et amplifiées par les tabloïds. Qu'il y a-t-il de vrai là-dedans? Toujours au sujet de ces rumeurs, actuellement, moins de 30% des Américains croient en la véracité du rapport Warren et croient en de mystérieuses conspirations souterraines qui impliquent tantôt la CIA, tantôt le KGB, tantôt Castro, tantôt la Mafia, tantôt le vice-président Johnson, tantôt les pétroliers texans, tantôt les extraterrestres -et j'en oublie- dans ce terrible attentat qui a coûté la vie au président. Certains affirment que le film de Zapruder prouve l'innocence d'Oswald. Vous qui avez vécu cet horrible drame et ne pouvez rien en avoir oublié... Quel crédit accordez-vous à ces histoires? Amicalement, Gérard Cher monsieur Lison, Je vous remercie pour ce grand témoignage d'intérêt pour mon époux et pour moi-même. La famille Kennedy a été touchée par de nombreux drames; heureusement, notre foi chrétienne nous a permis d'affronter ces deuils. Ma belle-sœur Joan a été l'une des premières à m'évoquer l'histoire de la malédiction Kennedy, lors de l'accident d'avion de son mari. Des rumeurs, encore des rumeurs, des croyances obscures pour moi. Je suis une personne cartésienne, je n'ai jamais été attirée par tout ce qui touche l'irrationnel, les superstitions. Je n'ai pas exemple jamais consulté des voyants ou autres spécialistes du surnaturel. Toutefois, je reconnais que la mort est omniprésente dans notre famille et dans des conditions particulières. Des morts violentes, des accidents d'avions, des accidents espacés avec des cycles de trois ans entre chacun d'eux. Je n'aime pas en parler et n'accepte pas cette idée de malédiction. Je vous avoue, monsieur Lison, que je n'ai pu résister à l'idée de mettre en garde mes enfants face à ces constats, et surtout mon fils John John. Il nourrit un désir obsessionnel pour les avions. Je lui ai interdit de piloter un avion! Heureusement, il m'a écoutée et a arrêté de prendre des leçons de pilotage; même sur mon lit de mort je lui ferai encore jurer de ne jamais piloter. Je ne m'explique pas ma réaction, mais en tant que mère je me dois de protéger mes enfants! À notre époque, on aime réviser les événements historiques, on spécule sur plusieurs alternatives. Je suis férue d'Histoire et je connais la nécessité de rigueur dans la quête de vérité historique. Or, où en sommes-nous dans cette horrible affaire qui a changé radicalement mon existence? Je vous dirai encore ce que j'ai dit à l'époque: qu'importe la vérité, cela ne me ramènera pas mon époux! Je ne doute pas qu'il y ait des faits «curieux», mais ma famille a payé le prix fort pour servir son pays. Laissons maintenant les morts reposer en paix. Pour preuve, je refuse que mon fils se lance dans une carrière politique, la page est tournée. Certes, mes enfants héritent d'un nom mais aussi d'une terrible histoire. Je ne regarde que droit devant. Avant de conclure, vous savez comme moi que la vérité est comme la vie, elle arrive toujours à se frayer un chemin, même dans les conditions les plus inappropriées. Je suis certaine que la vérité jaillira un jour sur tous les aboutissants de cette horrible affaire. Cher Monsieur Lison, je vous remercie encore de tout l'intérêt que vous portez à ma famille et à moi-même. Désormais, mon histoire ne m'appartient plus, mais est aux mains du peuple américain et au reste du monde. Prions pour que l'horreur de Dallas ne se reproduise plus. J.O. |