Loïc
écrit à

Jackie Onassis
| Très chère Jackie, Qui êtes vous? Avez-vous vécu longtemps? Aviez-vous un homme? Étiez-vous bisexuelle? Bien à vous... Loïc Cher Loïc, Je suis étonnée que vous me demandiez mon identité. Auriez-vous échappé à toutes ces photos, articles et reportages sur la famille Kennedy et moi-même? J'ai soixante-quatre ans et je suis encore bien vivante, mais pour combien de temps? Je lutte contre ce cancer qui me ronge, gagnera-t-il ce combat? Je suis si fatiguée, beaucoup de traitements soi-disant efficaces ont échoué, je sens mes dernières heures arriver. Je résiste, je me bats, je redoute de laisser mes proches seuls, j'ai toujours veillé à les protéger. J'ai si peur pour eux. Je suis flattée de votre intérêt pour moi. Je suis une femme nommée Jacqueline Bouvier Kennedy Onassis. Je peux vous parler de ma vie ou de mes vies. Ma vie avec le président Kennedy, père de mes deux enfants. Une période faste, intense. Le Monde a commencé à s'intéresser à moi de façon démesurée lors de la présidence de John. Quelle horreur! Ces journalistes, pires que des fouines. L'année 1963, je perds mon enfant Patrick et mon époux; c'est la fin d'une époque, d'un monde. Un autre homme apparaît dans ma vie, Aristote Onassis. Il aimait tant la vie, il m'a sortie des ténèbres, il a su comprendre ma douleur et parler à la femme et non à l'icône qu'on a voulu faire de moi! Nous avons eu des moments de bonheur, la presse a versé de l'encre sur notre mariage. Que savaient-ils de ce lien entre un époux et sa femme? Je dois reconnaître que nous étions différents, très différents, mais je n'oublierai jamais Ari. D'ailleurs, j'ai absolument désiré garder mon nom d'épouse à la mort d'Ari. Au début des années quatre-vingts, j'ai rencontré Maurice Tempelsman. Nous partageons les mêmes passions, nous adorons nous promener, nous aimons l'art. Il est de grand conseil, un être sur qui je m'appuie pour prendre conseil. Il fait partie de la famille et mes enfants l'estiment énormément. Autant vous dire que votre question concernant une quelconque bisexualité m'amuse et me déconcerte. Mes rapports avec les femmes ont toujours été délicats. Une méfiance innée sans doute. Rares sont celles envers qui je témoignais de l'amitié. Je me suis toujours sentie à l'aise avec les hommes. Je vous rassure: j'ai quelques amitiés féminines mais rien de sexuel! En ce qui concerne l'homosexualité, la bisexualité, je ne suis pas choquée par ces pratiques. J'ai toujours eu des amis proches homosexuels, même si parfois je ne comprenais pas grand-chose à leur mode de vie. La période du féminisme a laissé s'exprimer beaucoup de femmes bisexuelles, homosexuelles, j'ai toujours été de leur côté. Je suis toujours du côté des opprimés et des minorités. Personnellement, j'aime trop les hommes. Cher Loïc, je commence à me fatiguer, je vais retourner m'allonger un instant avant de recevoir la visite de mes proches. Cordialement, J.O. |