Adèle
écrit à

Jackie Onassis
| Chère Jackie, Je m'appelle Adèle et je voulais vous poser quelques questions: Quand Marilyn Monroe a chanté «joyeux anniversaire» devant tout le pays, à John Kennedy, qu'avez-vous ressenti? Avez-vous conscience que vous avez été l'idole d'un continent pendant des dizaines d'années? Lorsque John a été assassiné, comment avez-vous réagi pendant les premiers mois? Comment avez-vous réussi à oublier que vous étiez veuve en vous remariant avec Onassis? Sachez en tout cas que je vous admire énormément. Avec mes sentiments les meilleurs. Adèle Chère Adèle, Je vous remercie de tout l'intérêt que vous portez à ma personne. Vos questions soulèvent des pans de ma vie que je préfère parfois oublier. Je vous avouerai que le soir de l'anniversaire de John célébré par Marilyn, j'ai refusé d'être présente; d'ailleurs, je ne me trouvais même plus sur le sol américain –j’étais partie retrouver mon ami Agnelli en Italie. Comme à son habitude, John n'était pas discret et sa relation avec Marilyn m'obsédait: la peur du scandale me tenaillait. Trop, c'était trop! Il devait choisir et surtout reprendre ses esprits! Malheureusement, le destin en a décidé pour nous tous: le décès de Marilyn a permis que tout rentre dans l'ordre –même si je ne souhaitais pas un tel drame. La presse a énormément parlé de Marilyn, en bien comme en mal; ainsi vont les choses. En ce qui me concerne, les médias ont utilisé mon image, tous mes faits et gestes, avec beaucoup de distorsions! Même si parfois j'ai pris plaisir à recevoir des attentions privilégiées, je n'ai jamais apprécié l'intrusion des médias dans ma vie privée, notamment cet acharnement maladif sur mes enfants. Je n'ai jamais été dupe des raisons pour lesquelles les médias voulaient faire de moi une idole; j'ai pris le meilleur tout en refusant systématiquement d’entrer dans leur jeu. D'ailleurs, possède-t-on de réelles confessions sur ma vie à la maison blanche? Finalement, l'idée qu'on puisse autant louer mon image m'amuse: je me demande pourquoi l’on parle toujours de moi après tant d'années. Je ne comprends pas. La veuve, la vestale, voilà ce que le décès de John a fait de moi aux yeux du monde! Quelle horreur, Dallas: vous partagez des moments uniques avec votre mari, une nouvelle campagne et le soir même, vous accompagnez un cercueil! Je me demandais pourquoi lui -et pas moi. Il avait tant de choses à accomplir; il aurait dû rester parmi nous. Que de remords éprouvés à l’idée d'être encore vivante!Heureusement, mes enfants m'ont permis de me rattacher à la vie sinon… J'aurais sûrement sombré! Mon objectif était de m'oublier en m'occupant de gens de mon entourage -à commencer par mes enfants; les amis, les collaborateurs et la famille de John. Ils semblaient encore plus abattus que moi. En ce qui me concerne, j'ai longtemps pleuré tous les matins, les albums photos devenaient impossibles à regarder, tout m’était pénible. Le monde attendait que je le console de cette grande perte, mais qui me consolait, moi? Aristote Onassis a été l'un des rares hommes à me traiter en femme et non en icône. Il a su comprendre ma douleur, a fait preuve de patience et m'a permis de croire à nouveau en la vie. Je lui serai éternellement reconnaissante. Vous me demandez comment j'ai réussi à oublier mon veuvage en me remariant avec Ari? Tout simplement, tout naturellement: Ari était l'opposé de tout ce que j'avais connu dans ma vie. Un homme étranger, un tempérament débordant de vie et d'énergie. Il m'a offert de quitter un pays qui m'avait enlevé un époux et qui menaçait mes enfants -je détestais l'Amérique, à ce moment de ma vie, et j'ai pu fuir cette folie meurtrière. Je savais qu'en me mariant avec lui, je perdrais de ma superbe mais je voulais vivre et ne pas prendre racine dans un veuvage uniquement pour réconforter la nation américaine. J'ai toujours su que dans une vie, l’on peut avoir plusieurs vies. Quand on vous place en figure d'icône, vous vous sentez bien seule car l’on oublie de parler à la femme; et personne ne sait combien celle-ci a vraiment besoin de réconfort. Adèle, prenez bien soin de vous. Cordialement, J.O |