Lambo
écrit à

Jacques Offenbach
| Bien le bonjour, cher monsieur Offenbach! Je tenais à vous dire que jusqu'à présent, je ne vous connaissais pas ou peu. Seulement de nom. Mais un jour, j'ai assisté à une représentation des «Contes d'Hoffmann» et je dois dire que j'ai a-do-ré! Tout particulièrement la chanson d'Olympia. Cependant, en me renseignant après, j'ai constaté que cette œuvre est plutôt éloignée du reste de votre répertoire, étant plutôt sombre et torturée (après tout, les histoires d'amour tragiques, c'est jamais bien drôle!). Est-ce un réel choix que vous avez fait d'une nouvelle orientation de votre «carrière» ou bien avez-vous décidé de monter ce projet comme cela, sans y penser, sur une simple envie? Et pour finir, je tiens à souligner que je viens d'avoir dix-sept ans. Tous les jeunes ne pensent donc pas que le classique est de la musique de vieux... Lambo Paris, le 8 janvier 1880 Cher Lambo, Merci de l'attention que vous voulez bien porter à ma modeste personne et à mes petits opéras. Je vous réponds avec un plaisir que je souhaite des plus communicatifs! Je ne comprends pas pourquoi vous me dites que «les Contes» sont une exception dans ma production... Il semblerait que l'on vous ait mal renseigné à mon égard, ce qui ne me surprend guère. Avez-vous entendu parler de mes opéras «Fantasio», «La Chanson de Fortunio», «Les Bergers», «Les Fées du Rhin», «Vert-Vert»... et bien d'autres, jusqu'aux «Trois Baisers du Diable»? Je pense que non, car alors vous ne diriez pas que les «Contes» sont une exception. Prenez même dans des ouvrages comme «La Vie parisienne» ou «La Belle Hélène» il y a des morceaux qui rappellent les «Contes», mais je les ai enrobés de gaîté, d'humour; du chocolat pour adoucir l'amertume de la vie, n'est-ce pas mieux? Je vous le dis et m'en fais gloire, les biens dont vous grisent l'éclat, Comme moi, gardez en mémoire Nous les devons au chocolat! («Maître Péronilla», acte I) À défaut d'une explication claire, je vous donne néanmoins une bonne poignée de main. Tout à vous, Votre dévoué, Jacques Offenbach |