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Nick 
écrit à

Jacques Offenbach


Un autre petit bijou...


   

Cher monsieur Offenbach (ou peut-être devrais-je dire Maître?),

J'ai eu l'occasion récemment, grâce à un ami qui est probablement l'un de vos fans les plus absolus, de découvrir une de vos œuvres plus... confidentielle, que j'ai écoutée avec un immense plaisir: «Le pont des soupirs».

Tout d'abord, merci pour cette musique si gaie et aussi pour ce livret dont l'humour n'a pas vieilli d'un iota en franchissant le temps. Mais (il faut bien qu'il y en ait un, sinon, comment pourrais-je poser une question?)... une chose me chiffonne: j'ai l'impression que la fin est tronquée (j'ai presque envie de dire bâclée), et j'aimerais bien savoir pourquoi!

A moins que ce soit la version que j'ai qui le soit... Pouvez-vous me dire comment se termine réellement cet «opéra-bouffe»?

Je vous remercie infiniment!

Nick


Chère amie,

Vous me voyez ravi de vous savoir enthousiasmée par mon «Pont des Soupirs»!

Votre question sur la fin de cet opéra est des plus intéressantes et je m'en vais vous expliquer pourquoi.

Vous vous souvenez sans doute que cette partition a connu deux versions: lorsque je l'ai montée aux Bouffes Parisiens en 1861 et lorsque je l'ai reprise pour le théâtre des Variétés en 1868. Pourquoi deux versions? Mais vous me connaissez, ma chère! Je suis un incorrigible bourreau de travail insatisfait, qui trouve toujours tout très bien mais en précisant souvent que ce n'est pas ça du tout!

Eh bien, mon premier «Pont des Soupirs» en deux actes et quatre tableaux a très vite poussé son dernier... soupir! Pourquoi? L'intrigue était un peu embrouillée, je ne sais pas. Pourtant, il y avait des pages dont j'étais très content, comme l'ensemble sur «Le Pont des Soupirs» au dernier tableau, tout plein de vocalises... Et qui aboutissait à la victoire de Cornarino sur Malatromba.

Mais voilà! Lorsque les Variétés m'ont demandé une partition, en 1868, j'ai proposé de refondre cette partition, comme je l'avais fait l'année précédente avec «Geneviève de Brabant» aux Menus-Plaisirs (refonte qui avait bien réussi à l'ouvrage qui, comme le «Pont» avait connu un demi-échec dans sa première version). Seulement, le rôle de Malatromba était cette fois dévolu à Dupuis, qui avait créé Pâris, Barbe-Bleue et Fritz. Impensable alors de voir Malatromba s'incliner devant Cornarino! Et la fin a donc été revue en conséquence. La structure de la pièce est passée de deux actes et quatre tableaux à quatre actes, tout comme «Orphée» plus tard passerait de deux actes et quatre tableaux à quatre actes également, chaque tableau devenant acte à part entière.

La fin primitive du «Pont des Soupirs» était un genre de ballet, entrecoupé du refrain «En avant, la fête tourbillonne» qui ouvre maintenant l'acte IV.

Malheureusement, les réaménagements n'ont pas conduit au succès de la pièce. Le sujet était peut-être trop faible?

Je suis heureux d'avoir répondu à votre question: elle me remémore cette période qui fut si riche pour moi!


A vos pieds, chère Nick,
Votre sensiblement dévoué


Jacques Offenbach

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