| |
|
Rue Jacques Offenbach, Amilly
Mardi 22 juin 2011,
Cher Jacques,
Quelle coïncidence! J’habite dans une rue portant votre nom. Je
veux savoir pourquoi votre nom est devenu celui d’une rue. Comment est
l’école en 1819? Moi je n’aime pas l'école. Comment le
monde est-il à votre époque? Est-il mieux qu’aujourd’hui?
Quelle personne êtes-vous? Êtes-vous noble, paysan? Le
sport existe-t-il? À quel âge avez-vous
arrêté l’école? Quels moyens de transport il y
a-t-il à votre époque? Pourquoi êtes-vous venu en
France alors que vous êtes né en Allemagne? Pourquoi une
rue porte-t-elle votre nom dans le Loiret? De quoi êtes-vous
mort? Que regrettez-vous d'avoir fait ou pas fait?
Je vous remercie de votre attention et je vous adresse toutes mes
salutations,
Thomas
Paris, janvier 1880
Cher Thomas,
J'avoue que vos questions me paraissent un brin saugrenues.
De quoi suis-je mort? Mais voyons, m'écririez vous si
j'étais mort et surtout, vous répondrais-je? Je travaille
actuellement à trois nouvelles partitions, dont «Les
Contes d'Hoffmann»! Vous voyez que je ne suis pas mort!
Je vous ferai remarquer, jeune homme, qu'entre votre rue du Loiret et
moi, si quelqu'un a bien repris le nom de l'autre, c'est votre rue!
Offenbach est le nom de la ville natale de mon père. Il a repris
ce nom comme nom de famille en s'installant à Cologne. Ne soyez
donc pas aussi impérieux en me demandant de me justifier sur le
fait que je porte le nom d'une rue! C'est votre rue qui m'a volé
mon nom.
Le monde, cher Thomas, est ce qu'il est. À notre époque,
il cherche un gouvernement: nous sommes passés de l'empire de
Napoléon à la monarchie de Louis-Philippe puis à
la république de Napoléon III qui a eu tôt fait de
la transformer en second empire et que les français ont
changé en république une nouvelle fois en 1871. Il n'est
ni pire ni meilleur qu'avant. Les gens écoutent toujours de la
musique et vont toujours au théâtre.
Je suis venu en France pour étudier la musique, à
quatorze ans. J'ai quitté ma famille de Cologne avec mon
frère Jules et nous nous sommes installés à Paris.
Vous devez compendre que je ne suis ni noble ni paysan, mais musicien:
lisez-donc les journaux!
Votre dévoué et musical,
Jacques Offenbach
|