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Cher Maître,
C'est le cœur lourd que je reviens vers vous. En effet, ma ville veut
fermer son théâtre ou, en tout cas, arrêter d'y
produire des spectacles lyriques. J'y suis choriste et suis très
attristée par cette nouvelle. Est-ce que de votre temps, vous
avez des problèmes de ce genre? Que faire contre ces
«faiseurs d'idées» pour qui la culture est moins
importante que l'argent qu'elle rapporte?
Merci d'avance pour votre réponse!
Julie
Chère Julie,
Ayant été directeur d'un théâtre par deux
fois au cours de ma carrière, je vous comprends
particulièrement. Comment ne pas être attristé par
un théâtre qui meurt? L'argent et les arts n'ont jamais
été de bons collaborateurs. Seulement, comme Roland
chante dans mes «Bavards»: «il faut bien payer le
tailleur! Il faut bien payer le notaire! Comptez bien, il en faut pour
tout faire! Il en faut pour payer le propriétaire, il en faut
pour le docteur...»
Les théâtres ne perçoivent aucun revenu de notre
gouvernement (si ce n'est l'Opéra): ce sont des entreprises
personnelles. Nombre de mes confrères s'y sont essayés et
jamais avec succès: Adam avec son Théâtre lyrique,
moi-même avec les Bouffes parisiens et la Gaîté
(heureusement, ces deux théâtres ont été
repris)... Nous sommes trop artistes et dépensons sans compter
pour le spectacle!
De tout temps, chère amie, les arts ont souffert de l'indigence
pécuniaire! Et cela ne s'arrêtera pas demain,
malheureusement.
À vos pieds,
Votre J.O.
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