Nick
écrit à

   


Jacques Offenbach

   


Mais enfin, où êtes-vous?
 

    Mais enfin, cher maître, où êtes-vous passé? Je vous ai envoyé deux questions depuis votre prétendue «arrivée» et ne vois toujours rien venir! Êtes-vous victime d'une cabale? D'une censure? D'un vice de forme de Dialogus? Ce silence m'inquiète...

Ou bien peut-être vous êtes-vous si profondément plongé dans les souvenirs d'Hoffmann que rien ne peut vous faire atterrir dans notre époque!

À moins que... Non, ne me dites pas que vous avez à nouveau plongé dans le jeu?!

Bref, chaque jour je vais sur ce site et chaque jour c'est en vain...
De grâce, cher maître, répondez-moi, mon angoisse n'aura de cesse que de vous lire!

Inquiètement vôtre,

Nick

Paris, le 8 janvier 1880

Chère amie,

Je ne sais que vous répondre sinon que la rédaction du journal de mon ami Sinclair semble débordée dans ses tirages.

Moi? Victime de la censure? Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai toujours su contourner la censure! En témoignent Croquefer et son Mousse-à-Mort muet... Notre plus grand tour de force ayant été «Le roi Carotte», pièce férocement satirique de mon ami Sardou.

Victime d'une cabale? Cela m'est arrivé, la plus cuisante ayant été celle contre mon «Barkouf» en 61 au Comique et ma plus douloureuse celle contre ma «Princesse de Trébizonde» en 70... Une reprise aux Bouffes pendant laquelle des spectateurs se sont montrés particulèrement agités... La musique adoucit les mœurs, dit-on: la mienne a su sauver une soirée qui s'annonçait chaotique. Tout cela parce que nous étions en guerre contre ma Prusse natale et cet odieux Bismarck.
 
Mais, chère amie, même très pris par mes compositions, c'est une joie immense que de vous répondre.
 
Rassurément votre,
 
Jacques Offenbach