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Mara
écrit à

Jacques Offenbach


Colorature


    Cher monsieur,

D'abord, je vous avoue que je vous admire beaucoup.

Je voudrais vous poser quelques questions:
1) Est-que vous croyez vraiment que la «colorature» ou les ornements dans les airs sont ridicules? Ne les a-t-on pas trop utilisés parfois?
2) Croyez-vous que tous les registres (soprano-mezzo-ténor, etc.) doivent pouvoir les chanter s'ils ont une bonne technique vocale, même la basse? Ou est-ce que c'est pour cela que vous faites quelquefois rire le public avec ces personnages comme Pâris dans «La belle Hélène»?

Je vous salue avec mes sentiments les plus distingués,

Mara

Cher(e) Mara,

Vous me voyez très touché par votre témoignage d'admiration!

Vous me posez des questions extrêmement pointues auxquelles je vais tenter de répondre sans me blesser. Les ornements que j'utilise ne sont pas ridicules: ils sont là pour dénoter, par leur présence incongrue (parfois), un certain humour. Vous n'êtes pas sans savoir certainement que les opéras italiens de Rossini en regorgent et que, souvent, c'est au détriment des livrets qu'ils sont utilisés. Je reste (encore aujourd'hui) convaincu que la musique et les paroles sont faites pour se marier, non pour permettre à l'autre de briller à son insu.

Quant à la seconde question, n'importe quelle tessiture peut le faire, m'est avis. Citez-moi cependant les passages où Parîs vous par(a)ît ridicule dans «La belle Hélène» à travers ses ornements. Est-ce à «Chère Hélène tu es divi-i-i-i-i-i-ne» dans son duo du rêve avec la souveraine?

Je ne fais rire le public qu'en utilisant la structure classique d'un opéra... Qu'il vous souvienne, dans cette «Hélène», que «L'Homme à la pomme» n'est que le développement infini des vocalises interminables que l'on trouve dans bon nombre d'opéras. N'est-il pas vrai? Les opéras eux-mêmes finissent par faire rire à leurs dépens. C'est cela que je veux montrer en faisant comme eux. Et n'allez pas croire que c'est par pure vanité de ma part que je le fais; comme le chante Pont-Sablé dans «Madame Favart»: «Par respect pour ma famille, je fais comme mes aïeux».

J'espère vous avoir répondu et ne point devoir user de bandages après m'être blessé à vos questions pointues! Vous m'en verriez fort embarrassé pour terminer mes «Contes d'Hoffmann», ma «Belle lurette» et mon «Cabaret des lilas»!

Toujours à vous,

Votre dévoué
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