Laura
écrit à

Jacques Offenbach
| Bonjour! Je vous écris pour vous dire que je suis une des grandes ferventes admiratrices de vos œuvres, comme beaucoup de mes amis. Ma question n'a rien à voir avec ce que je vais vous dire mais il s'agit juste d'une curiosité. Je voudrais savoir comment était la vie au XIXème siècle, car moi je vis au XXIème siècle, donc pour moi ce n'est pas facile d'avoir des informations sur cette époque. Puis je voudrais savoir également si la vie était dure, comment vivaient les femmes, comment elles faisaient leur toilette... et une dernière chose: avez-vous connu l'impératrice Sissi et le roi Louis II de Bavière et son frère Othon? Merci infiniment. Laura, votre fidèle admiratrice. Paris, le 8 janvier 1880 Chère Laura, Existe-t-il un Cercle d'Admirateurs de Jacques Offenbach, s'il vous plaît? Je souhaiterais y adhérer! Ainsi donc, vous et plusieurs de vos amis apprécient ma musique: eh bien tant mieux! Quoi qu'elle vous apporte, sachez que je l'ai toujours écrite avec mon cœur. Je ne sais si je pourrais satisfaire votre curiosité complètement, car enfin, concernant la toilette des dames, je n'y ai jamais assisté (la bienséance, voyons!) et, n'étant pas du sexe gracieux, je n'ai jamais eu le loisir de me prêter à ce genre d'exercice! Les femmes sont longues à faire leur toilette, figurez-vous, chère amie! Elles y passent même leur journée, entre les choix des robes pour le théâtre et le souper, entre les achats d'étoffes pour se faire faire son habit chez son couturier préféré, la venue du coiffeur («Je suis coiffeur! Je suis coiffeur! Je n'en dirai pas davantage» comme on chante dans mon «Vent du Soir») etc. Bouh! J'en ai le tournis rien que d'y penser! Mais les femmes vivent le plus souvent dans l'ombre de leur mari: un homme se doit de courir les jupons, une femme doit rester chez elle et recevoir ses amies pour parler des derniers cancans. Qu'elle ait un amant, morbleu! Certainement pas! Du moins, il ne faut pas que cela se sache, sinon la réputation de la pauvre malheureuse est ternie à jamais quand un homme affichant dix maîtresses est élevé au rang de héros national! Quant à vous répondre si la vie est aisée ou pas, je dois vous dire que la vie n'est pas chose facile pour tout le monde. Bien entendu le Monde et le Demi-Monde vivent dans l'opulence, mais cachent bien souvent des dettes criardes qui ne sont épongées que par quelque ami généreux... Les gens du peuple, ma foi, semblent se contenter de ce qu'ils ont: peu, mais ils n'en cherchent pas plus afin de ne pas s'endetter. Eh puis, on ne leur prêterait pas un sou! Cependant on voit des mendiants ça et là dans Paris. À savoir s'ils sont tous vrais, ma foi, je n'y mettrais pas ma main à couper (j'en ai trop besoin pour charmer vos oreilles). En ce qui concerne la famille royale d'Autriche, je ne les ai connus que lorsqu'ils venaient dans les théâtres de Vienne pour les représentations de mes opéras. Je ne les ai jamais plus côtoyés que cela, pas comme mon ami Johann Strauss, qui lui, étant viennois, de fait, les connaît mieux que moi! J'espère, chère Laura, avoir répondu à vos interrogations le plus fidèlement possible et du mieux que je le peux. À vos pieds. Votre dévoué, Jacques Offenbach |