Une frustration surhumaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

popoquake@yahoo.fr

 

 

 

Cher M. Nietzsche,

Après «les pensées» de Pascal, «Ainsi parlait Zarathoustra» fut pour moi une révélation.

Si j'ai dévoré ce livre avec tant d'enthousiasme, ce n'est pas parce que je partage toujours toutes les idées, tous les messages dont il est truffé, mais c'est surtout car il permet de s'élever, de danser et de rigoler.

Je ris de ce que j'étais, je ris de ce que je suis, je ris des Hommes et je ris de vous - accordez-moi cette danse! Car faut-il rappeler que, dans les dernières années de votre vie, une démence vous a frappé et que, dans cette démence, vous vous preniez parfois pour le Christ (entre autre). Un paradoxe inquiétant qui nous amène à ma question:

N'est-ce pas en fait simplement la frustration surhumaine de ne pas pouvoir être ce que vous vouliez être ou ce que vous étiez qui vous a conduit à développer ce concept étrange et qui ne résout rien qu'est celui du surhomme?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Friedrich Nietzsche

 

 

 

Cher Monsieur,

 

Je suis ravi que mon livre vous ait fait danser et rire. Véritablement ravi. Vous en avez ainsi certainement recueilli l'essentiel. En revanche, je ne comprends pas votre référence à une soi-disant démence. Je me porte assez bien en ce moment, malgré de fréquentes migraines, et j'ose espérer que vous ne me traitez de dément que par une tournure de style que vous avez voulu humoristique plutôt que par un jugement sur mes oeuvres.

 

Quant à votre question, elle part bien: vous posez la question «Qui?», ce qui est la bonne question dans une conception généalogique de la pensée. Mais je vous rassure. Il n'y a aucune frustration chez moi: je suis celui que je voulais être, pleinement, et le Surhomme n'est aucunement une dérive de mon désir.

 

Bien à vous.

 

F. nietzsche