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| Cher Friedrich Nietzsche, J'ai lu une citation de vous disant: «Ce n'est pas le doute qui rend fou: c'est la certitude». J'ai plutôt l'impression que c'est le contraire. Ne croyez-vous pas que le doute rend fou par l'attente et bien souvent les faux espoirs qu'il crée? La certitude ne fait que contredire les doutes ou les confirmer, selon le cas, et permettre à la personne de passer à une autre étape. Une personne dans le doute est dans un état bien plus pitoyable qu'une personne certaine. Bien sûr, la personne certaine peut avoir le moral à plat, bien des fois, mais c'est elle qui va finir par guérir pour s'épanouir. Qu'en pensez-vous? |
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Chère Joëlle Lavigne, Vous pensez à la certitude a posteriori, c'est-à-dire à la reconnaissance d'un fait. Mais la certitude qui rend fou, c'est la certitude a priori. Bien à vous, F. Nietzsche |
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Cher Friedrich, Premièrement, j'aimerais bien que vous m'expliquiez en quoi mon raisonnement était basé sur la certitude a posteriori. Après quelques réflexions, je ne suis toujours pas certaine de vous saisir à 100%. Deuxièmement, je voulais savoir pourquoi la certitude a priori est celle qui rend fou? Je crois que la certitude basée sur des expériences de vie peut causer un «dégât» mental tout aussi important que celle basée sur la logique. De plus, comment classifier les certitudes? Les certitudes a priori, qui sont basées sur la logique, ne s'inspirent-elles pas des expériences elles aussi pour créer leur raisonnement? À moins, bien sûr, de raisonner sans savoir de quoi on parle. M'enfin, j'attends votre réponse avec impatience et je vous remercie à l'avance de l'attention portée à ma lettre! |
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| Chère Joëlle, Si la certitude rend fou par l'attente, comme vous me l'affirmez, c'est bien l'attente de quelque chose à venir, de quelque chose de redouté, vous êtes certaine du futur, donc vous êtes certaine «a posteriori» de votre certitude. Vous savez déjà le résultat. Vous ne faites que reconnaître (j'utilise à bon escient ce mot de reconnaître comme re-connaissance) un fait. La certitude a priori n'est pas fondée sur la logique. Car alors, elle serait a posteriori de la logique. La certitude a priori, c'est justement celle que l'on a sans savoir la fin, sans avoir de logique, immédiate. Vous ne me comprenez pas car vous supposez, comme vous le dites vous-même, que pour être certain il faut avoir raisonné avant. Mais ce n'est pas le cas. Regardez les mystiques, certains du visage de Dieu. L'ont-ils vu grâce à la raison, à la logique? Sont-ils fous? Vous allez me répondre: mais alors, si l'on est certain sans logique, sans raisonnement, alors comment sait-on que l'on est dans le vrai? Et je vous réponds: quelle importance? La certitude a-t-elle besoin de la vérité? Avec mes salutations amicales. F. Nietzsche |