Séparations |
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| Bonjour, J'aimerais comprendre pourquoi tu «sépares» la Morale de la Démocratie, de Dieu, de l'Esthétique, de la Politique... Tout cela n'est-il pas «inclus» dans la morale? Je ne sais pas comment expliquer, c'est difficile. Comprends-tu ma question? Rires... N'est-ce pas «la morale tout court» qu'il faut ausculter, et non les valeurs périmées dominantes? Ou bien justement y a-t-il dans la morale des degrés, des «choses plus importantes», pires ou plus dominantes que d'autres? Un lecteur qui pense avec et contre toi, qui t'aime et te déteste, qui peut te lire passionnément jusqu'à en avoir des migraines abominables, autant qu'il peut refermer une de tes oeuvres violemment, par dégoût, qui peut «se fâcher» et même bouder quelques heures, puis se réconcilier. Un lecteur qui te demande aussi si puisque la connaissance est infinie, puisque toi-même tu t'es sans cesse dépassé finalement, malgré que tu sois celui qui tranvalues les valeurs au plus haut point, est-il possible que par exemple, si la transvaluation des valeurs est infinie alors tu ne sois plus rien? Cela me plaît mais me fait peur, car toi, le dépassant, tu n'es pas rien, hein mon cher «Nicht»?! Je ne sais pas vraiment si cette période que je traverse est ce que tu appelles nihilisme, car je ne sais même pas si ton nihilisme est le mien. Je ne sais pas si je suis nihiliste en fait. Explique-moi mieux s'il te plaît: le nihilisme, est-ce destruction des valeurs sans création par la suite? Ou bien destruction des valeurs avec création, mais création provisoire, instable? (je parle de la connaissance infinie), donc qui se nie sans cesse elle-même. Si même le deuxième cas est du nihilisme, alors avons-nous besoin du concept (désolé, rires...) d'illusions nécessaires? Fabrice |
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| Cher Fabrice, Votre lettre poétique m'a intéressée. Votre style est enlevé, jeune, joyeux, timide aussi. Mais vous posez deux questions: - Faut-il ausculter la Morale «tout court» plutôt que d'ausculter ses pendants (Dieu, la Démocratie, l'Esthétique, la Politique)? Vous sous-entendez qu'il existe une Morale à ausculter, un Absolu, une idée en soi de Morale. Mais la morale juive est-elle la morale chrétienne, est-elle la morale musulmane, est-elle la morale bouddhiste, est-elle la morale laïque? La Morale est aujourdhui en Europe une morale de troupeau. Elle n'est par conséquent, à notre avis, qu'une espèce particulière de morale humaine, à côté de laquelle, soit avant, soit après, d'autres morales, surtout des morales supérieures sont encore possibles ou devraient l'être. Mais, contre une telle «possibilité» contre un tel «devrait», cette morale emploie toutes ses forces à regimber; elle dit, avec une opiniâtreté impitoyable: «Je suis la Morale même; hors de moi, il n'y a point de morale!» - Pour ce qui est de la question du nihilisme, vous me semblez être sujet à la décadence physiologique dont procède le nihilisme. Le nihilisme est un symptôme, pas une destruction des valeurs. Bien à vous. F. Nietzsche |
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| Houlà! J'ai essayé de vous contacter depuis longtemps pour vous demander de supprimer ce message qui me fait honte - trop vite je me transforme, mon jour d'hui réfute mon jour d'hier - je rougis de la médiocrité de mes propos, ne me parlez donc pas de style poétique, je vous prie. Je me trouve désormais à des années-lumières de l'état dans lequel j'étais quand j'écrivaillais ces gesticulations. |