Sartre et toi |
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Bonjour cher Nietzsche, Dans les cours passés d'anglais, nous avons abordé
le thème de l'existentialisme de Sartre, Kierkegaard et, bien sûr, toi.
J'aimerais que tu me dises ta vraie version de l'existantialisme pour m'éclairer
un peu car dans ma tête ce n'est pas très très clair. Pourquoi
Sartre n'a pas la même opinion avec toi? C'est quoi la différence? Sincèrement vôtre, Claudia |
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| Chère Mademoiselle, D'après ce que l'on m'a expliqué, il me semble que l'existentialisme est une pensée en réaction contre le déterminisme. De façon générale, si mes observations sont exactes, le problème du déterminisme est envisagé sous deux aspects absolument différents, mais toujours de façon absolument personnelle; les uns ne voulant rien céder de leur «responsabilité», de leur croyance en eux-mêmes, de leur droit personnel, de leur propre mérite (c'est le cas des races vaniteuses et des existentialistes comme M. Sartre); les autres, tout à l'opposé, ne voulant être reponsables de rien, coupables de rien, poussés par un intime mépris de soi, demandant à se décharger n'importe où du fardeau de leur moi. Sartre pose le point de départ de l'existentialisme dans la phrase de Dostoïevski (qui est, soit dit en passant, le seul psychologue qui ait eu quelque chose à m'apprendre): «Si Dieu n'existait pas, tout serait permis.». L'homme ne trouve ainsi pas d'excuses. Il est condamné à être libre. Or, dans cette conception, Sartre sous-entend que la liberté, c'est la possibilité de ce qui est permis. L'homme est libre parce que tout est permis. Ce n'est pas cela, la liberté. La liberté, c'est d'avoir la volonté d'être responsable de soi-même. De maintenir la distance qui nous isole des autres. De devenir plus indifférent aux peines, aux épreuves, aux privations, et même à la vie. D'être prêt à sacrifier des hommes à sa cause, sans s'en excepter soi-même. La liberté signifie que les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple, celui du «bonheur». L'homme affranchi, et à plus forte raison, l'esprit affranchi, foule aux pieds l'espèce de bien-être dont rêvent les boutiquiers, les chrétiens, les ruminants, les femmes, les Anglais et autres démocrates. L'homme libre est un guerrier. À quoi mesure-t-on la liberté, chez les individus comme chez les peuples? À la résistance qu'il faut surmonter, à la peine qu'il en coûte pour garder le dessus. Bien à vous, F. Nietzsche |