Question à 5000$ |
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| Selon vous, l'amour se résume-t-il à une illusion?
Serait-il une réduction, un succédané des valeurs courtoises
du Moyen Âge? Ou serait-il vraiment nécessaire à l'espèce
humaine et à son salut? Bien à vous. Sachez que sans m'abreuver de vos paroles j'ai une grande estime de vos interprétations sociologiques. François Breton |
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| Cher Monsieur Breton, Il y a plusieurs questions dans votre message. Je vais tenter d'y répondre le plus succintement possible. L'art et l'enthousiasme dans la vénération et dans le dévouement sont le symptôme régulier d'une manière de penser et d'apprécier aristocratique. L'amour en tant que passion (c'est notre spécialité européenne) est nécessairement d'origine noble. On sait que son invention doit être attribuée aux chevaliers poètes provençaux, ces hommes magnifiques et ingénieux du «gai saber» à qui l'Europe est redevable de tant de choses et presque d'elle-même. Mais l'amour doit être remis ŕ sa place dans la nature! Non pas l'amour de la «jeune fille idéale»! Pas tracé de «Senta sentimentalite»! Au contraire l'amour dans ce qu'il a d'implacable, de fatal, de cynique, de candide, de cruel -et c'est en cela qu'il participe de la nature. L'amour dont la guerre est le moyen, dont la haine mortelle des sexes est la base! L'amour conçu dans sa totalité, sa grandeur, sa plénitude, est nature et en tant que telle quelque chose à tout jamais d'«immoral». Ce qui se fait par amour se fait toujours par-delà le bien et le mal. Donc il y a de l'amour dans le Surhomme. Je vous remercie pour votre estime. Bien à vous, F. Nietzsche |