Qu'est-ce que la philosophie? |
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| Cher monsieur, Je dois vous avouer d'emblée que je ne connais pas grand chose du contenu de vos écrits; cependant je sais qu'ils sont qualifiés de philosophiques et qu'ils ont fait grand bruit... C'est pourquoi je m'adresse à vous. J'ai eu un cours d'introduction à la philosophie que j'attendais avec impatience car je croyais y trouver le résumé d'un très long raisonnement (commencé par les anciens grecs et poursuivi jusqu'à nos jours) ayant pour but de comprendre le pourquoi de l'existence et de répondre à d'autres questions du même genre... J'ai été très déçue: j'ai l'impression que les philosophes élaborent chacun leur théorie et la considère comme la «vérité vraie» sans que celle-ci ne se rattache à aucun «fait» tangible... Les philosophies (je ne comprends pas qu'on utilise ce terme de façon générique) ne sont-elles pas finalement que les opinions singulières de certaines personnes qui (peut-être par orgueuil) les ont publiées et qui, grâce à leur pouvoir de persuasion ont fait croire aux foules à l'universalité de leur contenu? (Excusez-moi de la longueur de cette phrase mais j'ai du mal à mettre mes idées en mots...) Et si, comme je l'ai déjà entendu, les philosophes ne prétendent pas faire passer leurs théories pour universelles, pourquoi donc les publier? J'espère que vous trouverez le temps de répondre à mes questions... Je vous attends en élaborant ma propre théorie, ou peut-être juste en rêvassant.. Valérie, 21 ans |
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| Chère Mademoiselle, Vous avez vu juste. Je me suis rendu compte peu à peu de ce que fût jusqu'à présent toute grande philosophie: la confesion de son auteur, une sorte de mémoires involontaires et insensibles; et je me suis aperçu aussi que les intentions morales ou immorales formaient, dans toute philosophie, le véritable germe vital d'où chaque fois la plante entière est éclose. Quiconque examinera les instincts fondamentaux de l'homme, en vue de savoir jusqu'à quel point ils ont joué, ici surtout, leur jeu de génies inspirateurs (démons et lutins peut-être), reconnaîtra que ces instincts ont tous déjà fait de la philosophie - et que le plus grand désir de chacun serait de se représenter comme fin dernière de l'existence, ayant qualité pour dominer les autres instincts. Car tout instinct est avide de domination: et comme tel il aspire à philosopher. J'estime un philosophe dans la mesure où il peut donner un exemple. Bien à vous, F. Nietzsche |