Pourrais-je devenir ce que je suis? |
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| Cher Monsieur Nietzsche, Je dois vous avouer que la lecture du Zarathoustra et de vos commentateurs a été en quelque sorte une révélation, qui m'amène vers la philosophie, la philosophie de la vie, loin du dogmatisme et du doctrinaire, qui sont je le pense des pièges fatals pour le penseur qui s'enlise dans son bourbier linguistique et conceptuel. Par vous je viens d'apprendre la mort de Dieu. Ainsi il y aurait une faillite des religions. Soit. Le destin du monde libéré des croyances qui le tirent vers le bas doit être pris en charge. Quel homme a les épaules assez larges pour supporter le destin du plus hideux des hommes, une fois son déicide commis? Je vous fais par là-même la demande de bien vouloir me décrire le Surhomme, dans ses caractéristiques les plus intimes. Je voudrais savoir qui il est pour mieux savoir ce qu'il fera pour moi. Par lui, pourrais-je devenir ce que je suis? Mille merci pour votre aide |
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| Cher Monsieur, Le Surhomme est celui qui assume pleinement sa finitude, et qui acquiesce sans réserve au caractère tragique de l'existence. Il est artiste et philosophe. Il prend en charge le destin de la terre. Il est par-delà le bien et le mal. Il a compris que l'homme est un pont, non un but. Il crée le sens de son existence. Il est volonté de puissance, c'est-à-dire volonté de la volonté. Ce n'est pas par le Surhomme que l'on doit devenir ce que l'on est. Il faut s'élever, vouloir son propre déclin absolument, et c'est à l'heure où l'on devient ce que l'on est que le Surhomme se manifeste. Je suis heureux que mes écrits vous amènent à la vie, à la Grande Santé. Bien à vous, F. Nietzsche |