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Musique de l'avenir |
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Au très distingué Friedrich
Nietzsche, |
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Malheureusement, monsieur
Dumontais ne réussit pas à me faire parvenir des instruments pour écouter la musique
de votre époque. Cela me chagrine, soyez-en sûr. Il y a une parenté étroite et intime entre le romantisme tardif des Français des années 1840 à 1850 et Richard Wagner. Ils ont en commun les mêmes aspirations les plus hautes et les plus profondes: c'est l'âme de l'Europe, de l'Europe une qui, sous la véhémente diversité de ses expressions artistiques, fait effort vers autre chose, vers une chose plus haute. Mais je me suis éloigné de Wagner lorsqu'il a fait retraite vers le dieu allemand, l'Église allemande et le Reich allemand: il en est d'autres qu'il a attirés à lui par cela même. Si le romantisme de Wagner tend vers le haut, sa musique, en tant que telle, est insupportable: on a besoin du drame pour délivrer de cette musique. La musique de Wagner, évaluée non dans l'optique et le caractère massif du théâtre mais comme une musique en soi, est tout simplement de la mauvaise musique, de la non-musique: je n'ai jamais rencontré personne qui ne le sache pas. Je respire difficilement quand cette musique commence à agir sur moi; qu'aussitôt mon pied se fâche et se révolte contre elle. Mon pied demande à la musique, avant tout, les ravissements que procurent une bonne démarche, un pas, un saut, une pirouette. Ce que quant à moi je demande véritablement à la musique: qu'elle soit de belle humeur et profonde comme un après-midi d'octobre, qu'elle soit désinvolte, tendre, une douce petite femme pleine d'abjection et de grâce. Oui, je donne, pour Chopin, tout le reste de la musique. Bien à vous. F. Nietzsche |