L'existentialisme (2 et suite)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jotibout@hotmail.com

 

 

 

Bonjour de nouveau,

Allons M. Nietzsche, vous ne connaissez pas Jean-Paul Sartre (un homme ayant bel et bien existé), mais vous connaissez Forrest Gump (personnage de fiction dans un film)? Vous me décevez beaucoup en disant cela. Dois-je moi-même vous signaler les oeuvres de ce monsieur ou êtes-vous capable de faire vos propres recherches sur celui-ci comme vous avez fait pour Forrest Gump?

Francis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Friedrich Nietzsche

 

 

 

Cher Monsieur Larrivée,

Monsieur Dumontais me relate le plus d'information possible sur votre époque, mais vous pouvez imaginer qu'il n'a pas le temps de me raconter tout le savoir que vous avez et que je n'ai pas le loisir d'apprendre tout ce que vous savez vous-même de votre temps. Monsieur Dumontais peut facilement me raconter l'histoire somme toute sommaire d'un film, mais faire un commentaire sur la pensée d'un philosophe dont on n'a pas lu les oeuvres ne relève pas de la même gymnastique.

Si vous me résumez la vie et la pensée de M. Sartre, je vous dirai volontiers ce que j'en pense.

Bien à vous,

F. Nietzsche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jotibout@hotmail.com

 

 

 

Re-bonjour Herr Nietzsche,

 

Je suis désolé d'avoir pu vous accuser faussement, j'espère que vous me pardonnerez et mon manque de savoir-vivre et mon manque de temps avant de vous répondre.

 

Donc, comme vous me l'avez demandé, j'ai fait des recherches et vous ai trouvé des endroits sur ce que nous appelons «Internet» et que monsieur Dumontais pourra vous résumer en français et en anglais:

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Existentialisme  http://en.wikipedia.org/wiki/Existentialism

 

Mais voici en gros la plus célèbre des citations de Jean-Paul Sartre:

 

«l'existence précède l'essence»

 

qui fonde la liberté et la responsabilité de l'homme, puisque celui-ci existe sans que cela le définisse en aucune manière. L'existentialisme est donc une théorie qui affirme le primat de l'existence par rapport à l'essence. L'essence désigne ce qu'est un être, quelles sont ses caractéristiques universelles. L'essence universelle a pour but de définir l'être. Elle n'implique pas que celui-ci existe, mais il doit être possible. (Cette définition vient de la page Internet http://fr.wikipedia.org/wiki/Existentialisme)

 

Francis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cher Monsieur,

 

Merci de vos précisions au sujet de l'existentialisme. Malheureusement, je ne peux pas accéder à ce vous appelez Internet, mais Monsieur Dumontais a eu la gentillesse de me faire parvenir quelques explications. Il me semble que l'existentialisme a donc débuté avec le rejet du Cogito cartésien par Kierkegaard, et a été formalisé par Jean-Paul Sartre dans la citation que vous m'envoyez. Mais Monsieur Dumontais m'a également envoyé la citation suivante de Sartre: «Dostoïevski avait écrit: “Si Dieu n'existait pas, tout serait permis”. C'est là le point de départ de l'existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n'existe pas, et par conséquent, l'homme est délaissé, parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s'accrocher. Il ne trouve d'abord pas d'excuses. Si, d'autre part, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n'avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde il est responsable de tout ce qu'il fait.»

 

Sartre semble ainsi penser qu'en dehors de Dieu, il n'y a aucune valeur qui semble justifier notre conduite. Si d'un certain point de vue, je suis d'accord avec la notion d'existence précédant l'essence (le «monde-vérité» et le «monde-apparences» sont un même mensonge qui doit être aboli), je ne peux suivre Sartre dans sa réduction des valeurs justificatrices à Dieu. Il semble que Sartre malgré son «athéisme» reste encore trop enchaîné dans la vision judéo-chrétienne du monde, de la faute, et de la responsabilité, pour pouvoir m'entraîner hors des chemins de la joie. Pourquoi si Dieu n'existe pas tout serait-il permis? Cependant, j'approuve l'idée qu'il n'y a aucune cause à l'homme, mais il me semble que Sartre s'arrête trop tôt, qu'une fois l'existence annoncée, libérée du carcan moral, il laisse l'homme se débrouiller, sans aspirations nobles. Si les valeurs ne sont plus, il doit y avoir une transmutation, création de valeurs nouvelles, ou bien nous sombrons dans le ressentiment et le nihilisme. Il n'y a pas de décomposition spontanée de Dieu, mais une mue: il se dépouille de son épiderme moral. Et bientôt, on le retrouvera, par-delà le Bien et le Mal.

 

Bien à vous,

 

F. Nietzsche