Le mythe du surhomme
       
       
         
         

abitbol.michael@free.fr

      Cher Friedrich Nietzsche,

Je souhaiterais vous entretenir sur un point que vous avez soulevé au sein de votre oeuvre, c'est celui du surhomme. À mon sens cette conception n'a pas été comprise par tous, pour ma part je conçois le surhomme comme un homme ordinaire qui a eu le courage d'affronter ses peurs et ses contradictions, d'être plongé en lui-même pour y trouver les réponses qu'aucun dieu n'a pu lui donner et d'en être sorti renforcé. Apte à aider ses semblables à en faire de même à l'image du sage, suis-je dans le vrai?

Autre chose, qu'avez-vous à répondre contre l'utilisation atroce de ce mythe du surhomme par l'Allemagne fasciste?

Cordialement,

Michael Abitbol

 

       
         

Friedrich Nietzsche

      Cher Monsieur Abitbol,

Tout comme dans votre précédent message, vous frôlez sans toucher. Il me semble que vous avez décidé que ma philosophie s'approche de la pensée Zen, et que vous attendez une confirmation.

Tout d'abord, il est vrai que la philosophie Zen a des points communs avec la mienne. Et pourtant, elles sont fondamentalement opposées. Si nous nous rejoignons dans la reconnaissance de la Beauté dans la Vie, l'approche Zen est une philosophie de l'essence. Il est de la nature d'une fleur d'être. Ma conception est volontaire, non essentielle. Je pourrais tenter un parallèle avec le Zen en disant qu'il est de la nature d'une fleur de vouloir sa volonté, de vouloir l'Éternel Retour de toutes choses. Attention, ne confondez pas avec la réincarnation. L'Éternel Retour est un éternel retour immédiat, non futur.

Tout va, tout revient; éternellement tourne la roue de l'être. Tout meurt, tout refleurit, éternellement se poursuit l'année de l'être. Tout se brise, tout s'assemble à nouveau; éternellement se bâtit la même maison de l'être. Tout se sépare, tout se salue de nouveau; l'anneau de l'être se reste éternellement fidèle à lui-même. À chaque instant l'être commence; autour de chaque Ici roule la sphère Là-bas. Le centre est partout. Courbe est le sentier de l'éternité.

Le Zen abandonne son monde, son être, son émotion, fait le vide, est le vide. Le Surhomme veut sa volonté, devient sa volonté, est sa volonté. Il n'y a point d'être derrière l'acte, l'effet et le devenir; «l'acteur» n'a été qu'ajouté à l'acte-l'acte est tout.

Bien à vous,

F. Nietzsche