Le beau selon vous |
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| Cher M. Nietzsche, J'ai eu l'occasion de lire certains de vos livres (ou essais), et tout au long, j'y ai trouvé une conception du Beau diffuse dans votre oeuvre. Mais surtout celle-ci évolue au cours du temps. Comme je souhaiterais me servir de votre conception du Beau dans un devoir, j'aimerais que vous me fassiez une sorte de synthèse de l'évolution de votre vision du beau. Enfin si toutefois vous en avez le temps, je crois savoir que vous êtes très demandé et que votre trépas ayant aidé, vous pouvez maintenant débattre pour éternité avec votre cher controverseur Kant. Nadège. Merci. |
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| Chère Mademoiselle, Je ne fais pas une étude exhaustive du Beau car le mot fait trop penser à une idée en soi. Or je combats suffisamment les conceptions de Platon et Kant pour tomber dans un tel travers. En revanche, je parle à de très nombreuses reprises de l'Art, et de son rapport avec le beau et la vérité. Mais je vois à quoi vous faites allusion: je pense que l'évolution dont vous parlez a rapport à ma rupture avec Wagner (non avec ma conception de l'esthétique dans laquelle le beau a une valeur morale). En quelques mots: La fonction artistique en général peut s'identifier à sa dimension apollinienne, c'est-à-dire au fait d'embellir mensongèrement l'apparence. Avant ma rupture d'avec Wagner en 1876, je pensais que la musique dionysiaque par exemple pouvait s'identifier avec la finalité de la philosophie - dire la vérité. Mais je me suis rendu compte depuis qu'il nous faut une musique qui sait mentir avec autant d'élégance que les arts plastiques. À l'opposition Apollon - Dionysos, à laquelle j'ai substitué l'opposition Socrate - Dionysos, j'ai évolué vers la complémentarité Ariane - Dionysos. Bien à vous, F. Nietzsche |