La politique «civilisée» des Européens par rapport au Nouveau Monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

xaviercornut@hotmail.com

 

 

 

Bonjour monsieur Nietzsche,

J'ai lu attentivement ce que vous avez écrit sur la politique américaine et je voulais vous dire que, malheureusement, l'Europe n'est guère meilleure, sinon pire.

La politique européenne, si elle a longtemps été la plus forte, la plus brutale et la plus ambitieuse, à tort bien entendu, adopte maintenant une autre face, qu'elle prétend tout aussi importante: la faiblesse. Si, si monsieur Nietzsche, la faiblesse est devenue une nouvelle fierté européenne. Cette attitude, tout aussi bête que celle que le continent affichait au siècle dernier, est en passe de durer, parce qu'elle est acceptée et justifiée (même encouragée) par le peuple européen. C'est un nouveau défi que de subir plutôt que d'intervenir, il devient plus politiquement correct de réagir plutôt que d'agir, il devient surtout plus plaisant de rester dans l'indifférence que d'ouvrir les yeux.

C'est un fait attristant de voir que l'Europe, à avoir été trop ambitieuse, en a perdu toute son ambition. Pire, elle justifie cette éloge de la retraite par une nouvelle donne, la culture! Nous avons raison de ne rien faire parce que nous sommes cultivés! Notre faiblesse n'est qu'apparente, nous nous prétendons nous-mêmes emblèmes de la civilisation, de la littérature, du cinéma, de la gastronomie, du sport et même - on l'a vu dernièrement avec la guerre en Irak - de la politique en accord avec les droits de l'homme, c'est-à-dire de la politique «réaliste».


Mais voilà, la réalité ne correspond pas à ce «réalisme européen», qui s'entête.

- Il n'y a pas si longtemps, une délégation européenne s'est aplaventrée devant le ministre de la Corée du Nord, État autocratique qui martyrise son peuple depuis près de 60 ans.

- Toute l'Europe réprimande à juste titre les États-Unis de ne pas appliquer le protocole de Kyoto (des revendications écologiques), mais elle ne l'applique pas elle-même.

- Durant cette même période, en 2003, la police française a arrêté des ressortissants iraniens, membres de l'opposition au gouvernement théocratique qui détruit leur pays - certains de ces malheureux, accusés de terrorisme (!) par la France et arrêtés sur demande de... l'Iran, se sont immolés pour attirer l'attention, en vain.

- À cette même date, des millions de personnes en Europe sont descendues dans les rues pour soutenir la pérennité (et la souveraineté légitime) du régime dictatorial de Saddam Hussein en Irak, qui a tué plus de quatre millions de personnes en trente ans.

- Une année plus tard, le peuple espagnol cède aux terroristes après un attentat sanglant et abandonne le peuple irakien à ses «résistants» (parce que c'est bien à eux qu'ils résistent et à nul autre).

- La France et l'Allemagne ont été prêts, durant l'affaire irakienne, à s'allier avec le Diable, c'est-à-dire la Russie et la Chine, deux états sanguinaires qui martyrisent leurs concitoyens et s'adonnent au génocide sur leurs minorités ethniques (Tchétchènes ou Tibétains).

Je devrais donc en conclure, si je suis votre réflexion sur la politique américaine, que l'Europe n'a rien à lui envier.

«L'essentielle vertu, à présent», vous dites à propos des Américains, «c'est d'exécuter quelque chose en moins de temps que ne le ferait un autre».

Il faudrait alors en conclure que, en Europe, l'essentielle vertu, c'est de ne pas exécuter quelque chose du tout - et croyez-moi il y a une grande majorité des citoyens du continent qui estiment que c'est une vertu, l'inaction!

L'Europe aujourd'hui est plus tolérante face à l'intolérable (les dictatures) que face au discutable (la démocratie américaine), parce que cette politique lui permet de rejoindre cet «otium», qui reviendrait alors à sa source latine de «loisirs»...

L'Europe s'amuse de voir le monde bouger mais n'y prend part. Elle s'offusque poliment de l'inacceptable mais s'insurge devant ceux qui essaient de changer les choses (pas toujours pour le meilleur, mais, en six ans, trois pays ont désormais une perspective d'avenir - Afghanistan, Kosovo et Irak-, ce qu'ils n'avaient incontestablement pas avant).

L'Europe préfère la paix injuste plutôt qu'une action qui pourrait améliorer les choses.

Elle accepte la paix des fosses communes pour préserver la sienne. L'indifférence est son cheval de bataille, la paix son prétexte et la faiblesse sa vertu affichée.

Il faut se rendre à l'évidence, la politique occidentale ne se bonifie pas avec les âges...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Friedrich Nietzsche

 

 

 

Cher Monsieur Cornut,

 

Je vous remercie pour votre intéressant message. Les commentaires que vous me faites ne m'étonnent qu'à moitié. Je l'ai déjà annoncé: le nihilisme progressera. De tous les messages que je reçois, il m'apparaît que votre époque est dans une phase de questionnement et d'abandon de la Volonté de Puissance encore plus poussée que de mon temps. Vous êtes à l'époque de l'à quoi bon.

 

Ce qui n'enlève rien à ce que j'ai dit sur les Américains. Je parlais des Américains à mon époque, mais il semble que les choses aient bien peu changé.

 

Bien à vous.

 

F. Nietzsche