La pensée de Machiavel |
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| Monsieur Nietzsche, Je souhaite d'abord vous dire tout l'étonnement que me cause votre pensée que «Dieu est mort»: bravo! Nul avant vous (même s'il y en a plus d'un qui ont essayé) n'a su frapper de plein fouet les convictions qui ont toujours été celles de l'être humain jusqu'à votre «Dieu est mort!» En effet, vous seul avez marqué une rupture totale avec la pensée qui affirmait que Dieu était le centre de la vie des humains, l'Être suprême qui dirigeait toute destinée et tout événement, sur la Terre comme au Ciel... Et vous, vous avez dit: «Dieu est mort!» Cela a pu alors sembler révolutionnaire, lancé en plein dans le temps où la dévotion à Dieu était la Vertu Suprême, mais, en fait, comme vous parlez amplement de Dionysos dans vos propos, vous n'avez, selon moi, que remis au goût du jour la philosophie grecque, basée non pas sur le Dieu monothéiste que nous connaissons sous le nom de Yahvé ou de Dieu le Père Tout-Puissant, mais plutôt sur le paganisme joyeux dont vous n'avez gardé qu'un dieu, celui que VOUS jugez le plus intéressant parce qu'étant le plus «jouisseur» (comme vous!), Dionysos... Par ailleurs, vous dites que le seul VRAI homme devrait être le Surhomme... Vous dites que seule la volonté de l'homme fait l'homme, que le vrai homme devient sa propre volonté et ainsi de suite... Cela me semble très près de la pensée de Machiavel, qu'en pensez-vous? Ou plutôt, en tant qu'homme érudit, que pensez-vous de Machiavel et de sa pensée? Vous l'admirez sûrement, mais encore? Quant à Hitler, je sais que cette pensée de la dérive de votre pensée vous indispose, aussi je voudrais vous consoler en vous disant qu'Hitler n'a jamais imposé que la philosophie...d'Hitler! En effet, ce monstre n'a qu'emprunté les images fortes susceptibles de s'imprégner profondément dans l'âme de ses compatriotes (comme les légendes germaniques, la musique de Richard Wagner, votre philosophie aussi peut-être, mais elle aussi n'a servi que de prétexte pour asservir ses troupes et son peuple jusqu'à la volonté de néant que vous avez tant décriée et dont pourtant les gens, même ceux de mon époque, vous attribuent la... paternité!). Enfin, si cela peut vous rassurer, d'après mon interprétation personnelle, vous seriez bien plus le maître à penser et l'inspirateur (bien que les prétendus spécialistes attribuent cette influence à Heidegger et Kierkegaard) d'un mouvement nommé EXISTENTIALISME dont le chef de file fut Jean-Paul Sartre, sans oublier sa femme, Simone de Beauvoir, qui ont vécu dans les années 1950 et qui eurent un grand succès, si grand qu'aujourd'hui, si personne n'ose dire tout haut «Dieu est mort!», la majorité des gens le croient volontiers, ils s'appelent eux-mêmes «les athées» et ils sont bien plus nombreux que les croyants (en Occident du moins...). J'espère que vous voudrez bien me répondre. Nathalie 2004 |
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| Chère Madame, Merci de vos mots qui me font très plaisir. Cependant, je dois avouer que vous me peinez en réduisant mon travail sur Dionysos à une «remise au goût du jour de la philosophie grecque». J'espère quand même avoir apporté quelque chose de plus que cela. Chez les Grecs, j'ai vu, il est vrai, leur instinct le plus fort, la volonté de puissance, je les ai vus trembler devant la violence effrénée de cette impulsion, à l'opposé de leur lamentable et fallacieuse idéalisation moralisante, que tout jeune homme qui a reçu une «formation classique» emporte dans la vie en récompense du dressage subi au Lycée. Pour ce qui est de Machiavel, je lis le «Prince» pour mon délassement. Il m'est particulièrement proche par sa volonté absolue de ne pas s'illusionner, et de voir la raison dans la réalité - non pas dans la «raison», et encore moins dans la «morale»... tout comme Thucydide d'ailleurs. Tout le monde me parle de ce courant de pensée qu'est l'existentialisme, et que je ne connais pas. Des missives que j'ai reçues m'expliquent que le Jean-Paul Sartre dont vous me parlez a dit «L'existence précède l'essence», mais est-ce si nouveau? J'imagine que l'on peut très bien en donner la pérennité à Kierkegaard puisque c'est plus ou moins ce qu'il écrivait à propos du Cogito cartésien. Mais peut-on fonder toute une philosophie sur une idée seulement? Y a-t-il plus à dire sur l’existentialisme que ce qu'on m'en a dit jusqu'à présent? Je comprends bien que l'on veuille m'attribuer le départ de cette mouvance puisque j'ai dépassé Kant et ses noumènes et autres absurdités platoniciennes. Mais cette histoire d'essence et d'existence est-elle si importante? Reprenons la méthode généalogique et demandons-nous: qui était Sartre, et que voulait-il en écrivant cette phrase? Bref, s'il a participé à faire comprendre que Dieu est mort, c'est toujours intéressant. Bien à vous, F. Nietzsche |
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