La modestie
       
       
         
         

willos@urbanet.ch

      Cher Monsieur,

Je cherche à retrouver ce que vous avez dit de la modestie. Vous remerciant d'avance de votre aide, bien qu'il ne soit pas très modeste de se citer soi-même.

Bien à vous,

Willos

 

       
         

Friedrich Nietzsche

      Cher Monsieur,

Le modeste - Qui est modeste à l'égard des personnes montre d'autant plus de prétention à l'égard des causes (cité, État, société, époque, humanité). C'est sa vengeance.

Le plus noble des hypocrites - Ne pas du tout parler de soi, c'est une très noble hypocrisie. Modestie - Il y a une modestie vraie (qui est de reconnaître que nous ne sommes pas notre propre ouvrage); et elle convient bien sans doute au grand esprit, parce qu'il peut justement comprendre l'idée de pleine irresponsabilité (même pour le bien qu'il crée). L'immodestie du grand homme n'est pas odieuse en ce qu'il sent sa force, mais parce qu'il ne veut éprouver sa force qu'en blessant les autres, en les traitant en maître et en observant jusqu'à quel point ils le tolèrent. Ordinairement, cela prouve même le manque de sentiment assuré de sa force et fait par là douter les hommes de sa grandeur. En ce sens, l'immodestie, ne fut-ce qu'au point de vue de l'habileté, est fort à déconseiller.

À qui nie sa vanité - Celui qui nie chez lui-même la vanité la possède généralement sous une forme si brutale qu'il clôt instinctivement les yeux devant elle, pour ne pas être forcé de se mépriser.

Bien à vous,

F. Nietzsche