Franchement |
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| Bonjour Monsieur le philologue tant regretté, Je voudrais savoir, honnêtement, si tu n'as pas été dégoûté (et peut-être l'es-tu encore aujourd'hui) d'avoir vu les(manque un mot?) et cet imbécile d'Hitler récupérer tes théories du surhomme, de la volonté de puissance et d'autres encore, pour les mettre au service de leur minable idéologie et de les utiliser comme ils l'ont fait??? Merci de me répondre. Salutations de la part d'un disciple de Dionysos. |
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| Cher Monsieur, Pourquoi me regrettez-vous? Avez-vous été un de mes élèves? Depuis que j'ai cessé d'enseigner la philologie, peu de mes élèves m'ont écrit, et je ne semble pas avoir laissé un souvenir particulièrement agréable. Je n'ai pas été dégoûté de voir ce Monsieur Hitler récupérer mes écrits pour deux raisons: la première est qu'il n'avait accès qu'aux écrits modifiés par ma soeur et son antisémite de mari, et c'est surtout à elle que j'en veux. La seconde est que les esprits bas qui récupèrent des pensées ailées ne les salissent pas. Monsieur Hitler était une sorte de ressentiment absolu, laid et petit, qui en voulait à tous. Il n'a bien évidemment rien compris au surhomme, à la volonté de puissance. L'instinct nihiliste chez lui était très développé, mais vous savez, pas beaucoup plus que chez de nombreux de vos contemporains. Et puis comme j'expliquais à une autre personne il y a quelque temps, je m'y attendais. Les pensées révolutionnaires créent toujours des révolutions mal comprises. Bien entendu, du point de vue historique, Hitler est une révolution à lui tout seul. Mais du point de vue de la pensée, et de son impact sur la pensée, Hitler est un nain. Pour ce qui est de mes vues sur l'antisémitisme, je vous conseille de lire ma «lettre à un antisémite» que les gens connaissent trop peu. Bien à vous, F. Nietzsche |
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| C'est exact, je ne connais pas cet écrit. Mais je vous
remercie de m'en signaler l'existence et je vais tenter de me le procurer. Je suis
sûr que bientôt je vous remercierai de m'avoir orienté vers la
lecture de cette ouvrage. Quant à ce que j'ai dit sur le fait que je vous regrettais, c'est que je voulais dire par là que depuis que vos écrits sont parus, très peu d'ouvrages de philologie se sont révélés aussi digne d'intérêt que les vôtres. Mais bien sûr, il s'agit là de mon goût personnel. Je vous remercie encore de m'avoir aussi bien répondu. À bientôt. Enlil |
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| Cher Monsieur, Je vous remercie de vos compliments, et reste bien sincèrement vôtre. F. Nietzsche |