Droit de lecture
       
       
         
         

herve.mas@ca-des-savoie.fr

      Cher esprit danseur,

Mon plaisir à lire vos fulgurances a toujours été mitigé par la pensée de ceux, nombreux hélas, qui ont voulu concrétiser vos pas de danse philosophique, vos envolées solitaires, en de pesantes manifestations politiques bottées et casquées. Qu'en déduire? Que ceux qui ne comprennent pas n'avaient tout simplement pas le droit de lire?

Bien librement vôtre,

HM

 

       
         

Friedrich Nietzsche

      Cher Monsieur,

Je m'y attendais. Je l'ai même écrit. L'esprit lourd et bas récupère ce qu'il peut pour le mettre au service de son ressentiment, tels des soldats la fleur au casque. Il m'est égal d'avoir été utilisé, mal compris, trahi. Je n'ai pas écrit pour ces corps morts qui continuent leur chemin vers le nihilisme. Le dernier des hommes, le plus méprisable de tous, criera qu'il m'a compris; et prendra beaucoup de poison pour avoir une mort agréable. Je préfère danser loin de leur cadavre, et entendre les chants de Dionysos annonçant le printemps. Ai-je noué les lacets de ses sandales?

Bien à vous,

F. Nietzsche