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Déesse
écrit à

Maréchal Joachim Murat


Les relations entre vous et votre beau-frère


    Cher Maréchal Joachim Murat,

Je vous écris car j'aimerais en savoir plus sur votre relation avec votre beau-frère Napoléon Bonaparte. Je suis une adolescente qui est au collège, qui donc étudie l'histoire, mais parfois je pose des questions auxquelles mes professeurs ne peuvent me donner de réponse claire, donc je m'adresse directement à vous.

Même si vous êtes beaux-frères, j'ai eu vent que vous vous querelliez souvent, mais toujours en vous réconciliant, est-ce de la jalousie ?
 
Napoléon fut un grand homme d'état et vous le roi de Naples et des Deux-Siciles: vous faisiez-vous confiance? Travailliez-vous ensemble? Napoléon a fait un geste vers vous en vous laissant la main de sa sœur, alors qu'il aurait préféré la donner au Général Moreau. Ce geste était plutôt pour Caroline d'ailleurs, elle qui était folle amoureuse de vous; donc Napoléon a tout de même privilégié l'amour à la raison: lui en êtes-vous reconnaissant? Napoléon vous méprisait et vous qualifiait de «coq vaniteux»: mais d'où vient ce surnom?

Enfin, je finirai par: comment qualifiez-vous Napoléon?

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monseigneur, l'expression de mes sentiments distingués.

Bonsoir chère Déesse,

Je suis sincèrement navré de vous répondre aussi tard mais ne m’en veuillez pas s’il vous plaît: mes geôliers pour me nuire et m’exaspérer ont confisqué tout mon courrier, depuis fort longtemps; j’étais surpris de ne plus recevoir de correspondance de la part de Dialogus, ni surtout de ma femme. L'un de mes geôliers, pris de remord, vient de me donner cet après-midi toute la correspondance qui m’a été confisquée. Aussi après avoir écrit quelques lettres à mon épouse, je m’empresse de vous répondre.

L’Empereur avait une sorte de mépris envers la plupart des officiers sortis du rang, il préférait les officiers qui sortaient d’écoles militaires; je suis sorti du rang, j’étais donc moins estimable que Davout et Duroc, par exemple, aux yeux de mon impérial beau-frère. Cependant, je m’empresse de préciser que je ne lui en ai pas voulu, aussi paradoxal que cela paraisse, mais ce sont des écoles militaires que sortent les stratèges. Je n’ai pas jalousé un seul instant Napoléon de s’être couronné empereur.

C’était un génie et un bourreau de travail; il avait l’étoffe des César, voilà tout, et croyez-moi ce n’est pas une qualité commune. Je vais sans doute vous décevoir, mais l’empereur ne m’a jamais accordé une grande confiance, seuls en bénéficiaient Lannes et Duroc. C’est également pour cette raison qu’il ne m’a pas nommé Roi d’Espagne, de peur que je ne le trahisse, alors il m’a cédé la couronne de Naples, non sans mal. Nous n’avons jamais travaillé ensemble, nous collaborions ensemble sur les champs de bataille pour la gloire de l’empire, cela se limitait à ça.

Caroline et moi, nous nous sommes aimés passionnément dès le premier regard, ce fut un véritable coup de foudre; elle a tout fait pour pouvoir m’épouser, mais son frère ne l’entendait pas de cette oreille, jusqu’au 18 Brumaire, en tout cas.

Vous vous trompez: c’est Hortense, la fille de l’impératrice, qui était pressentie pour épouser Moreau, mais l’union ne s’est pas faite.

Petit coq vaniteux, le Roi Franconi, voilà les surnoms presque affectueux, dont m’affublait l’Empereur, à cause de mes tenues bien trop excentriques à son goût.

À bientôt,

Joachim-Napoléon Ier, Roi déchu des Deux-Siciles

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